Peau de vache : la mégère absolument pas apprivoisée !

Peau de vache
Photo extraite de la comédie Peau de vache mise en scène par jacques Charron en 1975 avec Sophie Desmaret, Geneviève Kervine et Jean Bretonnière

Ouais je sais, le titre est pas forcément top mais la référence à la pièce de Shakespeare reflète assez bien l’héroïne de Peau de vache, la comédie de Barillet et Grédy. Une fois de plus, ces deux auteurs inspirés façonnent un personnage de femme haut en couleur et d’une rare modernité.

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La méchante et la gentille

Peau de vache donc, l’un des surnoms de Marion Bruker, que ses voisins nomment également au gré de ses tempétueuses humeurs, la « mégère », la «tigresse », ma « méchante », la « reine des garces » … Il faut dire que la dame fait montre d’un sale caractère doublé d’une énergie épuisante et d’une langue bien pendue. Il ne fait pas bon s’y frotter, elle mord rapidement, bien plus vite que son bouledogue Néron. Surtout quand on s’approche un peu trop près de son époux, Alexis Bruker, célèbre violoncelliste dont elle protège l’existence, assure les contrats … et qui commence à se lasser de l’agressivité de cette compagne totalement dévouée mais bien trop tempétueuse.

Et c’est ici qu’arrive le petit cheveu sur la soupe qui va faire chavirer ce turbulent navire : Pauline, jeune journaliste venue interviewer l’épouse du maestro un jour d’été dans leur demeure de campagne. Pauline, belle, douce, gentille, calme, désespérée par un amour malheureux. Pauline à laquelle cette enragée de Marion va s’attacher de manière assez étonnante … et qui va en profiter pour coller un bordel sans nom dans ce ménage dont elle convoite le mari, réputé volage et assez attiré par le sourire de la donzelle, heureuse alternative à la bile de sa régulière. Question : en bonne mégère absolument pas apprivoisée qu’elle, Marion va-t-elle se laisser éjecter sans mot dire ?

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Une comédie finement jouée

Vous le saurez en zieutant la mise en scène signée Jacques Charon (sa dernière du reste, puisqu’il décéda un mois après la première en 1975). un des temps de l’anthologique émission « Au théâtre ce soir », et une véritable leçon dramaturgique. c’est qu’il faut pouvoir le sortir, le texte de Peau de vache, un texte saturé de punchlines où les gros mots les plus fleuris s’incrustent dans des tournures de phrases grammaticalement ciselées aux petits oignons. Un saut d’obstacle en matière de diction, et un marathon quant à l’occupation de l’espace, la gestion des entrées et sorties des personnages, l’enchaînement des situations, le basculement à 180° des émotions.

Bref il faut du dynamisme, de l’abattage et de la pratique. Pour le coup, le trio central Sophie Desmaret – Jean Bretonnière – Geneviève Kervine nous offre une leçon d’interprétation assez spectaculaire, aussi bien au niveau de la restitution de répliques ajustées comme autant de frappes chirurgicales que de la gestuelle et des expressions, des changements de registres et de tonalités. Cette production a beau dater des Trente Glorieuses, elle n’a absolument pas pris une ride, et en impose même comme une référence, une valeur étalon, un modèle de modernité. Bref si vous avez le blues, envie de vous bidonner et de voir une comédie bien écrite, finement jouée et rondement drivée, Peau de vache est pour vous !

Et plus si affinités

https://www.youtube.com/watch?v=lS8DylbjMjg