Opéra national de Bordeaux : gros plan sur le Concours de jeunes chorégraphes

La deuxième édition du concours des jeunes chorégraphes s’est tenue le 27 mai 2018 à l’Opéra national de Bordeaux. A l’origine de la manifestation, Thierry Malandin, directeur du Ballet de Biarritz et défenseur de la danse néo-classique. Celle-ci garde, malgré la vogue de la « danse contemporaine », tout son pouvoir de fascination, à en juger par la densité de la foule de jeunes, très jeunes et, bien sûr, de bien moins jeunes qui se pressait, ce dimanche après-midi dans la belle salle à l’italienne du Grand théâtre et à l’enthousiasme qu’elle montrait. Le public était, comme dans certains festivals de cinéma, invité à donner son avis et à décerner son prix. Sa présence a rendu la manifestation chaleureuse et divertissante, d’autant qu’elle était présentée avec esprit et bonhomie par Olivier Lombardie.

Le cahier des charges de la compétition était le suivant : ne pouvaient candidater que des chorégraphes âgé(e)s de moins de 35 ans ; ils devaient présenter une pièce de quinze minutes maximum faisant intervenir au moins trois danseurs. L’invitation avait été largement diffusée. Sur une quarantaine de dossiers reçus, le jury (constitué de Thierry Malandain et de personnalités éminentes du monde de la danse : Ingrid Lorentzen (directrice du Den Norske Opera & Ballet), Jean-Christophe Maillot (chorégraphe-directeur des Ballets de Monte-Carlo) dont la venue a été contrariée par la grève des transports, Elke Schepers (assistante de Jiri Kylian), Bruno Bouché (directeur artistique du Ballet du Rhin) et Eric Quilleré (directeur de la danse de l’Opéra de Bordeaux) n’avait retenu que six finalistes. Ce sont ces travaux que nous avons pu découvrir.

Tout d’abord, Moments Within, du Néo-zélandais Craig Davidson (longtemps actif en Suisse et en Allemagne), pièce élégante pour six danseurs avec de fugaces moments d’apparition et de disparition de couples aussi aériens qu’éphémères. Cet apéritif était suivi de Labilités amoureuses, de Julien Guérin des Ballets de Monte-Carlo, un essai sur les « intermittences du cœur » mené tambour battant, accompagné d’une B.O. tonitruante. Enrichi de costumes aux couleurs éclatantes, le tout était exécuté avec tout le punch souhaitable par six interprètes qui sont aussi de parfaits athlètes et ont enchaîné avec aisance simulacres de lutte, pas de deux traditionnels, mouvements dos à dos, travail au sol, portés. A l’applaudimètre, on a compris que le public était capté, voire conquis ! Nous avons eu droit, avant l’entracte, à Ao Redor du chorégraphe italien Marioenrico D’Angeli, actuellement au Théâtre de Saarbrück. Cinq danseurs, dans le silence, forment une ronde, puis une farandole comme à la fête du village… Cet inhabituelle introduction se dilue dans la saudade des chansons de variété brésiliennes au tempo monotone. Les couples se meuvent à peine, comme s’ils dansaient le slow, tandis qu’une danseuse enfiévrée est réduite à sa solitude.

Avec Somiglianza du binôme italien formé par Mattia Russo et Antonio De Rosa, qui après avoir travaillé en Espagne, a fondé la compagnie Kor’sia, le propos est tout autre. Leur pièce rend hommage ironique au ballet L’Après-midi d’un faune de Nijinski. Il s’agit toujours de l’argument mallarméen, de la musique de Debussy amenée par un long solo de flûte, mais le faune est paré d’une chemise de nuit en dentelle blanche tandis que les nymphes sont changées en bathing beauties, en maillots de bain outremer, la première d’entre elles se livrant à force contorsions. Des femmes énergiques sont le rêve d’un homme léthargique et l’imagerie fin de siècle croise le divertissement hollywoodien. Persona, signé par Robert Bondara, de l’Opéra de Varsovie, est la variation tendre et humoristique d’un trio amoureux, sur une belle partition d’Arvo Pärt. Somnambuliques, les danseurs miment la séduction, l’indifférence, la fâcherie, le dépit… L’éclairage subtil les fait apparaître comme des marionnettes. L’œuvre est originale, plaisante, surprenante dans le contexte de cette compétition. No One enfin, de la chorégraphe biélorusse Ludmilla Komkova, qui travaille actuellement à Wiesbaden, est un ballet faisant intervenir cinq danseurs dont la fougue et la technique hors du commun ont su convaincre le jury ainsi que les critiques de danse présents. La pièce en noir et blanc dépeint un cauchemar. Certaines de ses images ont une puissance hallucinatoire.

Cinq prix ont été décernés au terme de la compétition. Celui du public est allé, sans surprise, à Labilités amoureuses. Le prix des journalistes de danse, dit prix des professionnels, a récompensé No One de Ludmilla Komkova. Le Prix Biarritz et de la Caisse des dépôts et consignations, attribué par le jury, d’un montant de 15 000 euros est tombé dans l’escarcelle de l’auteur de Persona, Robert Bondara. Les premiers prix sont des résidences artistiques, l’une, obtenue par Russo et De Rosa au Ballet du Rhin, l’autre, décrochée par la cumularde Ludmilla Komkova au Ballet de Bordeaux.

Et plus si affinités

http://www.concours-de-jeunes-choregraphes.com/

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.