Office : comédie romantico-musicale et crise financière à l’asiatique

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on PinterestShare on LinkedInShare on RedditShare on TumblrBuffer this pageShare on StumbleUponEmail this to someonePrint this page

La séquence inaugurale du dernier opus de Johnnie To, Office, nous dévoile le caractère virtuel du pro filmique à venir. Une façon distanciée, voire distinguée, pour le cinéaste hongkongais de dire que la partie émergée de l’iceberg, livrée en 2 ou en 3D, est du toc qui sonne, comme tout décor théâtral, plus vrai que nature. Mais un conte de fée tiendrait-il debout sans un minimum de crédulité de la part ses destinataires ?

Il s’agit en l’occurrence de l’adaptation cinématographique d’une pièce à succès de Sylvia Chang devenue, par la magie du 7e Art, une comédie musicale. L’auteure tient d’ailleurs l’un des rôles principaux, celui de la directrice d’une multinationale prenant la décision, risquée en 2007, de faire son entrée en bourse au moment de la faillite des Lehman Brothers qui annonçait la crise des subprimes. La dame doit son poste au bon vouloir du PDG de la firme, qu’interprète l’acteur fétiche de To, Chow Yun-fat, dont l’épouse négligée a trouvé refuge dans un profond coma. La maîtresse-femme a, de son côté, un jeune amant motivé par l’argent et les belles berlines. Après plongeon de la caméra dans une rame de métro bondée de salary men tels des agneaux se rendant au bureau – d’où le titre du film –, entre en scène un duo de jeunes employés tout juste engagés…

Tout est nickel. Du sol au plafond, chaque détail semble reluisant. La communauté se dévoue corps et âme à l’entreprise sans se poser de question. L’alliance avec des partenaires venus d’Amérique se déroule a priori sans problème. Certes, ici ou là, l’inquiétude perce. La cheffe comptable ne s’entend plus avec son boy friend. L’amant durassien de la dirlo se prend pour Jérôme Kerviel, joue perso et mise gros au téléphone. Une secrétaire, lasse d’être harcelée par la matrone, cherche à quitter le navire. Les chansons, du genre pop emmiellé, arrangées à l’occidentale, résument périodiquement l’état des lieux et font le point sur le moral des troupes. Mieux vaut parler du remarquable travail de mise en scène que de la valeur esthétique des chorus, des lyrics et autres velléités chorégraphiques – la valse finale, notamment, mériterait d’être sérieusement retravaillée puis retournée.

Politiquement parlant, le message peut paraître ambigu puisque, en dépit de son aspect satirique, la critique ne va jamais bien loin. Ne sont mis en cause ni le système hiérarchique de l’entreprise, ni sa finalité, ni l’arbitraire des décisions directoriales. Un secret bien gardé est même considéré comme une valeur positive. Cinématographiquement, le film oscille entre Metropolis (1927) et The Appartment (1960). Son admirable scénographie signée William Chang et Alfred Yau est digne du décor en coupe de The Ladies Man (1961) et évite à la production une dépense somptuaire à la Playtime (1967). Le décor est allégé, épuré, synthétique, translucide. Cette esthétique de la transparence nie le hors champ. Elle abolit aussi intérieur et extérieur, jour et nuit. Musicalement parlant, sans se ruiner en matériel d’éclairage comme l’avait fait Coppola avec One from the Heart (1982), To s’inscrit dans la lignée de Pajama Game (1957) où Doris Day jouait, avec vingt ans d’avance, les syndicalistes style Arlette Laguiller. Qu’on se rassure (ou non) : après le tsunami économique et le psychodrame, tout rentre dans l’ordre patriarcal.

Enregistrer

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on PinterestShare on LinkedInShare on RedditShare on TumblrBuffer this pageShare on StumbleUponEmail this to someonePrint this page

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire