Now Here / Jackovic – Jackovic was here : l’art du cybertag invasif

Contrairement aux apparences, cet écran n’en est pas un. Enfin si. Mais non. Ceci est effectivement un écran qui relate la campagne de tags entreprise à l’échelon international par Jackovic via la toile. Si les taggueurs s’insinuent grâce aux failles des murs de sécurité et laissent leur signature dans tous les recoins de l’espace urbain comme une contestation territoriale, Jackovic, lui, exploite les failles du système de sécurité des imprimantes connectées au réseau internet.

Et le voilà qui pénètre les équipements informatiques des grandes entreprises, des assos, que sais-je encore, rebondissant d’un spot à l’autre au travers de la planète. Le tout à l’aveuglette et au hasard des bugs et autre glitches de la toile, signant son passage sur l’écran LCD des imprimantes investies d’un malicieux mais néanmoins implacable «Jackovic was here». Bye bye le dessin au feutre, le glyphe au charbon noir, Jackovic choisit la luminescence de la calligraphie digitale pour s’imposer.

Plus de limites, plus de protections, plus de différences entre le monde du public, du privé, du travail, de l’intime. Et l’écran ici exposé relate la longue liste de ces intrusions ainsi que leur contexte : lieu, date, heure, adresse IP et capture de l’écran LCD. Démonstration par l’action, geste fort car incontournable : la preuve de la pénétration est là, viol de ce qu’on pensait protégé, inattaquable, dénonciation froide de nos illusions de puissance et de contrôle. Ici c’est Jackovic qui transgresse la fragile limite. Qu’en serait-il d’un agresseur aux intentions peu louables ?

Ce questionnement revient en boucle dans la démarche de Jackovic, qui en a fait l’un des points névralgiques de ses travaux d’artiste programmeur au sein du collectif RYbN ou des Dev/art, rencontres focalisées sur la passerelle entre nouvelles technologies et expression artistique, travaux axés sur la problématique du codifié. De fait cette installation et son principe concordent avec la thématique proposée par Oudeis pour Now Here, l’interrogation sur l’espace et la transmission des informations d’un public à l’autre. Leur protection également.

A l’heure où data centers, entreprises, réseaux sociaux peinent à protéger les millions de données qu’ils véhiculent (quand ils n’en font pas commerce), la démarche de Jackovic vient comme une évidence démontrer/démonter les mirages de ce système. Comme une évidence et un sombre avertissement.

Et plus si affinités

http://nowhere.oudeis.fr/

http://www.oudeis.fr/

http://www.rybn.org

http://www.rybn.org/dev/art/

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