Nana 1981 : suicide collectif par jouissance interposée

Nana : le roman de Zola nous plonge dans l’univers des prostituées parisiennes du Second Empire. Issue d’une famille miséreuse, l’héroïne gravit les échelons depuis le trottoir jusqu’aux grands salons, dévorant les hommes et leurs fortunes avant de sombrer en même temps que la société qui l’a vue fleurir et détruire. Ce pur produit du courant naturaliste se prête facilement à l’adaptation cinématographique, comme en témoigne la version tournée en 1955 par Christian-Jaque avec la superbe Martine Carol. Difficile de passer derrière. C’est pourtant ce que fait Maurice Cazeneuve avec la série télévisée Nana diffusée en 1981.

Soit quatre épisodes qui offrent une lecture plus respectueuse du récit de Zola, dans l’approche des personnages comme avec l’intrigue. Et dans l’atmosphère. Pesante, perverse, malsaine. Fidèle à l’esprit des Rougon Macquart, le réalisateur s’emploie à mettre en évidence la décomposition d’un monde, à laquelle cette fille des rues, mouche d’or dévastatrice, contribue férocement, sans même s’en rendre compte. Et avec une innocente cruauté, une nonchalance vengeresse. Décors somptueux, costumes superbes, rien n’est laissé au hasard pour replacer Nana dans cet environnement très particulier des années 1860 alors que Napoléon III règne sans partage sur une France qu’il mène à sa chute.

Ou qui y va de son plein gré ? Les hommes qui croisent le chemin de Nana, interprétée par une Véronique Genest flamboyante, se savent dupes de cette grande belle fille une peu sotte, totalement volage, avide de sexe et d’argent. Peu importe, ils se précipitent dans ce brasier, y laissent leur indépendance financière, leur probité, leur rang, leurs valeurs, leur dignité, leur vie. Un suicide collectif par jouissance interposée. Le scénario adapté de la main même de Cazeneuve restitue parfaitement le malaise de cette situation de faux-semblant, où l’abondance est feinte, où le plaisir, constamment inassouvi, se mêle à la volonté de tout saccager, sans même y trouver de satisfaction.

Et plus si affinités

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