Moloch : attention polar fantastique, social et pyromane

Ciel plombé, plage immense balayée par les vents, immeubles sordides, usines rouillées … nous sommes dans une petite côtière comme il y en a tant, coincée entre indistries mourantes, violences urbaines et solitudes modernes. Dans ce désert social où plus personne ne dialogue avec personne, un jour, un homme prend feu. Sans aucune explication. Un gars sans histoire qui se consume soudain sous les yeux des passants impuissants, choqués.

La justice par le feu

D’autres suivront, immolés par on ne sait quelle force destructrice. Innocents en apparence. Jeune journaliste en quête de scoop et de reconnaissance, Louise décide d’enquêter. Elle croise la route de Gabriel, psychiatre tragiquement frappé par la mort de son fils. Ils s’associent pour trouver le coupable, ce mystérieux Moloch qui a décidé de rendre la justice sociale par le feu. Parce que sa colère est impitoyable.

Voici le pitch de la série Moloch, écrite et réalisée par Arnaud Malherbe, tout juste diffusée sur ARTE. S’il peut sembler un chouia classique pour ne pas dire resucé, le scénario s’avère au visionnage particulièrement efficace, aussi bien en terme de suspens que de réflexion. Et d’atmosphère. Lourde, poisseuse, alimentée par des personnages complexes et malsains, l’intrigue nous emmène dans des territoires brûlants.

A lire également : Maroni, les fantômes du fleuve : renouveler haut la main le polar à la française ?

Rééquilibrer la balance

Injustice sociale, brutalité des rapports humains, isolement généralisé, compétition exacerbée, pas un des protagonistes n’est équilibré, bien dans sa peau. Tous portent une rage sourde qui couve comme un incendie, alimenté par les frustrations, les hypocrisies du quotidien, le questionnement d’un monde horriblement dur et inique. Tous pourraient être Moloch. Mais lequel a suffisamment de puissance et de haine pour passer à l’acte ?

Formidablement porté par ses interprètes, Olivier Gourmet en tête qui s’impose une fois de plus comme un acteur hors pair, Moloch fait étrangement écho à notre actualité. Plus qu’un polar fantastique, c’est une fable sociale qu’on nos raconte ici, sur la question de la justice sommaire, comme seul moyen de défense face à la dureté des puissants. Qui est véritablement coupable ? Les générations futures réussiront-elles à rééquilibrer la balance et à quel prix ?

A lire également :  Les Rivières pourpres : du film à la série, Niemans dans les ténèbres

Clairement, Moloch ne vous fera pas sourire, loin de là. Les six épisodes de cette mini-série risquent même de vous perturber profondément. C’est le but, qui tranche avec les programmations héroïco-guimauves affectionnées par nombre de plateformes VoD en vogue … Vous êtes prévenus.

Et plus si affinités

https://www.arte.tv/fr/videos/RC-019934/moloch/