Modulations – Delphine Abomigliano : Variation Rap

Le court métrage de Delphine Abomigliano Modulations (2013, 20’), produit par les Films d’Ici, filmé en 16mm par Julia Mingo, monté par Yann Rutledge, postproduit en numérique haute définition chez Arane Gulliver où nous avons eu l’occasion d’assister à une projection privée destinée à l’équipe du film, interprété par Freeman (un pseudo, ça en a l’air), parolier qui rappe sur des lignes mélodiques, des boucles de basses et des rythmiques de NuvoBeat et de Dj Throne fait penser à certains reportages des années soixante sur les enregistrements de disques. Par exemple, à cet Essai sur la naissance d’une chanson (1968) d’Yves Lefbvre consacré à Serge Gainsbourg qu’on voit travaillant à la maison (le texte s’inspirant du « Corbeau » d’Edgar Poe) puis mettant un point final à son « Initials B.B. » dans le studio Chappell de Londres avec l’aide d’un arrangeur chargé d’habiller sur mesure un des thèmes musicaux du domaine public, en l’occurrence dans la Symphonie du Nouveau monde de Dvoràk.

Modulations [Bande annonce 720p FR] from Delphine Abomigliano on Vimeo.

Dans le cas présent, on reste dans l’univers du studio d’enregistrement, avec les musiciens-techniciens-informaticiens et leurs ordis et autres appareils électroniques et le chanteur-parolier autodidacte, qui, contrairement à ses collègues plus jeunes, préfère jeter ses mots sur le papier plutôt que de les taper sur son smartphone, lui dont la voix, in et, surtout, off, donne de l’épaisseur au film, qui prend alors une valeur sociologique en ne se limitant pas à décrire une séance de studio. La rime fait la chanson avec de jolies trouvailles verbales (« tous prêts, tout près, tous pris »), des airs postromantiques exécutés au clavier ou sur un vrai piano, des effets audio illimités à l’aide de potentiomètres dont celui de la « modulation » qui donne le titre à l’opus, des « oscillateurs » et des « filtres ». Le langage rap (« trop dirty », « radical ») se mixe au jargon techno (« tu la mutes », « ici il y aura un cut ») ou au vocabulaire purement musical (« faire entrer la rythmique sur les 16 mesures », refrain, couplet).

Le film est sans prétention, avec des plans quasiment abstraits, par exemple celui sur la bouche des chanteurs filmée ou filtrée à travers le tamis qui protège le micro en estompant les occlusives, les clics et autres projections intempestives. Le montage est efficace. Le rap, qui fait partie du mouvement hip hop, n’est pas pour le protagoniste « juste un amusement » mais une « belle thérapie pour les jeunes de quartier ». Depuis plusieurs générations, déjà.

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