Mercuriales : du haut des Tours, la banlieue qui coule comme le Léthé

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Décidément l’année 2014 aura été placée sous le signe de l’apologue créatif. Signe de temps troubles où l’implosion des repères interroge la transmission des valeurs et la validité des socles moraux, la fable, l’utopie et le mythe reprennent leurs droits dans le mode narratif des artistes. Mercuriales s’inscrivent dans cette démarche.

Virgil Vernier a grandi à l’ombre de ces tours conçues pour préfigurer un complexe d’affaires qui jamais ne verra le jour, avorté qu’il fut par la crise pétrolière. Veillant depuis sur Bagnolet et la Seine Saint Denis, les deux jumelles de métal et de verre marquent la frontière entre la capitale, le périphérique, la banlieue, et la province. Des gardiennes tutélaires, dont le nom aux consonances légendaires appelle foule de croyances.

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Le réalisateur a voulu évoquer cet imaginaire en suivant un instant le parcours de personnages errant dans ce no man’s land. Certains surveillent ce qui n’a pas de valeur, d’autres séduisent ce qui n’a pas de charisme, tous y cherchent la foi et l’énergie d’échapper au néant. Jeunes, l’esprit tourmenté de colères et de frustrations, quel est leur devenir ? Issus des différents vagues d’immigration, ils mixent les cultures, les religions, les désirs d’absolu, pour tisser une société à part.

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Fil conducteur dans ces limbes, l’amitié éphémère de Joane l’ex droguée et Lisa la petite sorcière moldave ne tiendra que le temps d’explorer cet univers aux contours flous, qui n’est qu’une zone de passage, un lieu de contradiction, un espace d’abandon. Abandon des identités, des racines, des patrimoines. Zone où le nom des planètes désigne des bâtiments sans âme, où le nom des dieux baptise des salles de réunion. Et pourtant … dans ce mouvement délibéré pour écraser les êtres, les rêves demeurent ainsi que la poésie et le mystère.

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Chaque cadrage, chaque focale décrypte la magie qui partout se cache, sous un papier peint décrépi, dans la nuit des faubourgs, une console d’ordinateur qui soudain s’illumine. Du haut des tours, comme en un palais enchanté, Lisa et Joane contemplent l’horizon qui les entoure comme un espace à conquérir. En un plan qui observe les deux héroïnes au sommet de leur donjon, la caméra de Vergnier résume la petitesse de l’être, sa fragilité tragique face aux monstres sociaux qu’il engendre.

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Et plus si affinités

http://www.shellac-altern.org/films/256

 

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