Maroni, les fantômes du fleuve : renouveler haut la main le polar à la française ?

Ce début de semaine nous évoquions la comédie La Loi de la jungle ; notre série TV hebdomadaire Maroni, les fantômes du fleuve nous ramène au cœur de la Guyane, mais cette fois-ci nous changeons de registre et passons en mode thriller dramatique particulièrement éprouvant. Car le sujet évoqué par Aurélien Molas et Olivier Abbou a tout pour secouer le spectateur.

Nous voici donc à Cayenne, où la gendarmette Chloe Bresson vient de débarquer, sans qu’on sache trop pourquoi et c’est bien le problème. Car on n’est pas muté en Guyane sans raison, et en règle générale c’est pour y faire pénitence. La demoiselle montre très vite des signes de nervosité borderline qui s’accommodent mal des règles de vie du pays, où le secret et l’omerta se mêlent avec trafics illicites en tous genres, délinquance organisée et croyances ancestrales. Les esprits de la forêt comme les fantômes du fleuve veillent, et les vivants doivent s’en contenter car, contrairement à ce que pensent les autorités ils ne font pas la loi.

Joseph Dialo, flic du cru, le sait bien, et tente de canaliser cette fougueuse partenaire qui veut faire du zèle … ou prouver sa valeur ? La donzelle va cependant devoir en rabattre, lorsqu’ils se retrouvent confrontés à un double homicide, tout ce qu’il y a de rituel : un couple de métropolitains qu’on découvre assassinés sur leur voilier – ce qui nous vaut au passage l’une des séquences de scène de crime les plus réalistes qu’il m’est été donné de visionner. Quant à leur fils, il s’est volatilisé … et il va falloir le retrouver. Vite.

Car plus nos deux enquêteurs avancent dans leurs investigations, plus un parfum de sorcellerie semble s’affirmer dans le sillage de cette affaire, qui s’ajoute à d’autres enlèvements que les autorités ont négligés. La piste est d’autant plus difficile à suivre qu’elle mène chacun à affronter ses propres spectres, quitte à se perdre aux frontières de la mort pour confronter la vérité. Narration anxiogène, rythme lancinant, accélérations suffocantes, musique hypnotisante, tout converge pour plonger le spectateur dans la moiteur tropicale de ce suspens irrespirable, une lourdeur visqueuse comme la sueur et le sang.

Terriblement efficace, l’intrigue est portée par un casting déterminé où brillent  Stéphane Caillard et Adama Niane, qui distillent ce sentiment de folie latente, de gouffre intérieur sur fond de pratiques vaudou terrifiantes. On voisine avec l’atmosphère de L’Emprise des ténèbres, White shadow, ou Papillon tandis que les réalités du pays nous sautent aux yeux, l’écart de culture également. Dans sa globalité, Maroni : les fantômes du fleuve sert une énigme bien ficelée, filmée avec talent et interprété avec subtilité pour renouveler haut la main le genre du polar à la française.

Et plus si affinités

https://www.arte.tv/fr/videos/RC-014361/maroni-les-fantomes-du-fleuve/

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