Mannequin d’artiste, mannequin fétiche : secret d’atelier et totem artistique

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« Pratiques et fascination dans l’atelier d’artiste » : aujourd’hui on en vend des exemplaires articulés en bois dans les magasins de loisirs, ils sont passés dans les mœurs artistiques et tout crayonneur un tant soit peu ambitieux se doit d’en avoir un qui trône dans son espace de travail … Tristesse de la grande consommation globalisée qui réduit à la plus complète banalité le geste créateur. Car comme le signifie le sous titre de l’exposition orchestrée à l’occasion de la réouverture du Musée Bourdelle, le mannequin d’artiste focalisa nombre de croyances, de peurs et d’attraits.

Le magnétisme opère dés son apparition dans le sillage mutant de la Renaissance alors que le regard du monde change ; perspectives, couleurs, formes, la nudité des corps ne supporte plus le faux semblant des amples vêtures. Pour garder en mémoire la tenue d’un geste, l’attitude d’une musculature, le plissé d’une étoffe, le mannequin progressivement s’impose, poupée qui imite l’humain, édifie le regard du peintre concentré dans son antre.

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Romano Alberti, dit « Il Nero de 2 – Anonyme, France, Sansepolcro », vers 1521-1568 Saint enfant martyr, milieu du XVIe siècle Statue polychrome en stuc et papier mâ- ché, bâtie autour d’une âme de bois Courtesy of Patricia Wengraf Ltd, Londres

De ce moment, l’homoncule ne cessera d’évoluer vers plus de vraisemblance, de bois, de cire, de ouate : articulations, modelé des chairs, … certains dans la valse scientifique du XVIIIeme siècle aboliront la barrière de la peau pour dénuder les chairs d’écorchés aux poses suggestives. Et furtivement, d’outil de travail le mannequin devient sujet d’inspiration, apparaissant dans les tableaux que les peintres tracent de leur quotidien.

C’est tout naturellement qu’ils se nichent dans les bras voluptueux et enthousiastes de ces démons de surréalistes afin de questionner la mise en regard entre corps vivant et marionnette, l’animé se perdant parmi les formes équivoques et érotiques du fétiche immobile, savamment positionné dans le délicieux abandon de la soumission. C’est avec beaucoup de finesse que le musée Bourdelle orchestre un parcours particulièrement documenté pour découvrir strate par strate la magie de cette mécanique totémique.

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Man Ray 1890-1976, Lydia et les mannequins, 1932 Epreuve gélatino-argentique © RMN Dist – Centre Georges Pompidou – Musée national d’art moderne / Centre de création industrielle, Paris © MAN RAY TRUST / ADAGP, Paris 2015

Historique, fonction, usage, l’approche chronologique n’altère pas la perception thématique. En découvrant le mannequin dans ses multiples rôles on saisit à quel point l’artiste évolue dans une sphère particulière, proche de celle du sorcier, du chaman. Saisi de pouvoirs occultes, l’artiste s’affirme comme celui qui insuffle l’illusion du mouvement et de la vie à l’idée qui en préfigure le contour, à l’objet qui en simule l’apparence. Le mannequin concentre cette métamorphose, cette prestidigitation.

Et plus si affinités
http://www.bourdelle.paris.fr/fr/exposition/mannequin-dartiste-mannequin-fetiche

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