Malavita, de Benacquista à Besson : un chien, un mode de vie, un film

Nous voici dans une petite ville de Normandie, sa place centrale, ses maisons à colombage, son église classée, son complexe scolaire, sa station d’épuration des eaux, tout ça, tout ça : routine de la vie de province à la Balzac, avec ses rouages bien huilés, son ennui latent, ses codes, ses mensonges, ses notables, ses secrets. Puis une famille américaine débarque, qui va attiser les curiosités : le père, prétendu auteur de bouquins historiques qui accueille le plombier en retard à coups de batte de base ball, la mère, sexy et remarquable cuisinière, qui fout le feu à l’épicerie, la fille, lumineuse et qui dompte les loulous du lycée à coup de raquette dans la gueule, le benjamin, racketeur redoutable qui va placer son lycée en coupe réglée en moins d’une semaine. Et le chien, baptisé Malavita.

Malavita : la vie mauvaise, la vie des mafieux, en dehors des règles, pourtant régie par un code d’honneur féroce. Que cette famille a enfreint. L’intrigue tissée par Tonino Benacquista est désormais connue : le roman a marqué les esprits, avec une incroyable galerie de personnages, des situations rocambolesques et un humour caractéristique. Ouep, c’est que la famille Manzoni, devenue Blake par la grâce de la protection fédérale, est celle d’un repenti qui fuit de patelin en patelin au travers de l’Hexagone, avec des tueurs à ses trousses. Et ses mauvaises habitudes de vie bien ancrées, indéracinables. D’où d’irrémédiables problèmes d’intégration. Et une prise de tête constante pour leurs chiens de garde, agents du FBI usés à force de protéger cette tribu ingérable de son pire ennemi : elle-même.

Problème : comment se dégager du style incomparable du grand auteur de polar sans trahir son âme et adapter la malavita à l’écran convenablement ? En ne s’en dégageant pas et en suivant le bouquin d’origine, pardi. Voici le choix de Luc Besson qui a juste repris certains dialogues et creusé les relations qui unissent ce clan dans l’adversité. Et le film s’en ressent qui repose sur cette famille homogène malgré ses travers, menacée constamment, qui le sait, mais qui refuse de lâcher un pouce de terrain sur ce patrimoine.

A la caméra donc, Luc Besson qui a longtemps hésité avant de prendre en charge le bébé. D’un autre côté difficile pour cet amoureux fou du cinéma de résister quand il a vu se constituer le casting : Michelle Pfeiffer, Tommy Lee Jones, Robert de Niro. La triade n’avait jamais tourné ensemble. C’est désormais chose faite, et pour notre plus grand bonheur car avouons-le, ils sont parfaits dans leur rôle respectif. Et qui d’autre que de Niro pour incarner cet ex parrain désabusé, amoureux fou de son épouse comme au premier jour, proche de ses deux gosses qu’il adore (Dianna Agron et John d’Leo, d’une grande justesse et qui ont tout de suite su se mettre au diapason de leurs illustres partenaires).

En bref et pour faire court, Luc Besson a craqué et il a bien fait : rythme rapide (comme son mode de tournage sans chichi du reste), plans rapprochés, il excelle à retranscrire tout le dérisoire de cette situation. Car notre petite famille parachutée dans ce havre de paix va très vite mettre en exergue les vices cachés de leurs nouveaux concitoyens : antiaméricanisme primaire, véritable racisme teinté de bêtise crasse, escroquerie j’menfoutiste des commerçants et artisans du coin, magouilles des pontes du village, jusqu’au milieu scolaire où pullulent voleurs, abuseurs de donzelles, trafiquants en toujours genre. Au finish, les Manzoni/Warren vont très vite adopter cet aquarium de petits piranhas en gros requins qu’ils sont. Et y imposer leur ordre.

Et Luc Besson de montrer leur réactivité avec une ironie sans pareil. Jusqu’à la confrontation finale, qui propulse le film dans les grandes heures de Nikita et Léon, avec un minutage des scènes d’une précision rare. Je ne vous en dis pas plus, sinon que l’ensemble du long métrage est un hommage ininterrompu et plein de tendresse au répertoire cinématographique mafieux, avec force références à Scorcese bien sûr, du reste producteur exécutif, et un moment absolument incroyable où le personnage de De Niro assiste en tant qu’invité d’honneur à une projection du film Les Affranchis, qu’il doit ensuite commenter devant l’ensemble du cinéclub.

C’est juste succulent et une mise en regard d’une incroyable audace mais qui marche à 2000%, effet garanti : la projection presse s’est terminée sous les applaudissements, c’est tout dire.

En bref vous savez ce qu’il vous reste à faire, ça sort le 23 octobre, allez-y.

Ah petit plus, mais important : le film a été tourné à la Cité du Cinéma, qui désormais mérite son surnom de Hollywood sur scène, pour avoir fait venir ces pointures américaines sur notre sol. Et l’espoir que de nouveau la France puisse posséder un grand pôle de tournage, héritage des studios de Boulogne ou de Joinville.

Et plus si affinités

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