Magda Goebbels : égérie du nazisme, fanatique infanticide … un pur reflet de son temps ?

Dauphine de Cambre évoquait la semaine dernière le parcours de la très flamboyante Joséphine Baker, ce tourbillon de vie et de lumière ; impliquée dans la lutte contre le racisme et la ségrégation, passionnée de danse, de rires, muse et grande séductrice, résistante, maman adoptive d’une famille arc-en-ciel qui illustrait sa vision de l’humanité fraternelle, la star s’inscrit à l’exact opposé de sa contemporaine, la tristement célèbre Magda Goebbels, comme en témoigne la biographie que lui consacre Anja Klabunde aux éditions Tallandier.

Magda Goebbels : en quelques quatre cents pages, l’historienne et documentariste allemande déroule la vie de cette femme huppée, bâtarde qui gravira les échelons de la haute bourgeoisie dans un pays en pleine crise économique et identitaire, avant d’embrasser le nazisme comme une raison d’exister. C’est qu’en adhérant corps et âme au national-socialisme, cette beauté germanique épouse par ailleurs un Goebbels fanatique et haineux, qui va en faire une pondeuse correspondant parfaitement à l’idéal de l’épouse aryenne : docile, souriante, protectrice … et qu’on peut tromper à loisir.

Fort de son auréole de tout puissant ministre de la propagande, ce nabot disgracieux mais charismatique va, alors qu’il met l’Allemagne en coupe réglée, distillant la détestation des juifs et des communistes à la manière d’un gourou de secte, séduire moult dames, plongeant sa légitime compagne dans une dépression quotidienne que six grossesses n’égayeront pas. Magda prendra cependant appui sur Hitler pour faire plier son don Juan de mari, qu’elle suivra néanmoins dans la tombe, entraînant par ailleurs ses six enfants au cours d’un suicide collectif qui complète celui du Führer et d’Eva Braun.

Question posée par l’auteure de cette fresque angoissante : comment cette femme éduquée, intelligente, moderne, voire émancipée, a-t-elle pu sombrer dans une idéologie aussi rétrograde et violente ? Comment a-t-elle pu soutenir pareilles idées alors qu’elle-même fut élevée par un beau-père juif, dans un foyer aimant et tendre, qu’elle eut pour flirt Victor Arlosoroff qui deviendra l’un des leaders du futur état d’Israël en Palestine ? La chose dépasse l’entendement, pourtant elle a eu lieu. Ainsi le parcours de Magda Goebbels devient une parabole de la folie allemande à l’heure du nazisme triomphant.

Son histoire pour le moins navrante permet par ailleurs de suivre la lente décomposition d’une société en pleine mutation politique, rongée de misère et de frustrations. Une société que les nazis vont manipuler pour arriver à leurs fins, entre mensonges, brutalités, escroqueries, le tout avec l’appui des classes dirigeantes, avides de protéger leurs richesses face à la menace communiste. Le paroxysme de cette démence est atteint avec la chute de régime, l’infanticide commis par Magda reflétant ce comportement sectaire et névrosé ; car Magda aurait pu sauver sa progéniture, la mettre à l’abri. Elle s’y refusa, prétextant que ses enfants ne pourraient survivre dans un monde où le nazisme ne serait pas dominant.

D’une plume énergique et vivante, Anja Klabunde superpose ce portrait de femme avec le tableau du monde qui l’entoure et où elle évolue comme actrice. Son récit est à la fois prenant et glaçant, tandis qu’on court à la catastrophe finale, pour cette épouse, cette mère et ce pays.

Et plus si affinités

https://www.tallandier.com/livre-978-2-84734-824-8.htm

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