Macbeth : la fin d’une malédiction ?

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Macbeth … la pièce la plus noire de Shakespeare, maudite au point que les acteurs qui la jouent refusent de prononcer son nom … Le Barde y raconte comment un noble écossais, homme de guerre fidèle à son roi, va finalement le tuer et voler sa couronne … Parce qu’un jour de victoire couvert du sang de ses ennemis massacrés, il croise la route de trois sorcières énigmatiques qui lui prédisent ce destin unique et fatal. Parce que son épouse avide de pouvoir le pousse au meurtre, arme son bras et le manipule jusqu’à l’infamie du régicide. Parce qu’il est lui même assoiffé de sang et de destruction … qui sait au final ?

De cette énigme savamment agencée par le dramaturge élisabéthain, plusieurs se sont saisis pour la transposer à l’écran, notamment Orson Welles, Akira Kurosawa et Roman Polanski qui tous ont mis en exergue la rudesse du personnage. Justin Kurzel emprunte cette même voie afin d’orchestrer une nouvelle version pour le moins rugueuse et primitive. N’hésitant pas à tailler dans le texte, coupant, réajustant les répliques, la production propose une vision traumatique où le héros se soustrait aux forces surnaturelles pour s’enfermer dans sa folie guerrière. Un rescapé, endommagé par l’horreur des combats : voici la version développée par le réalisateur de Blue Tongues et Les Crimes de Snowtown.

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Du coup, c’est une schizophrénie à l’oeuvre qui doucement dévore ce personnage halluciné auquel Michael Fassbender prête une frénésie grandissante, dérangeante, délivrant doucement le monstre inhérent au héros de guerre. Traumatismes multiples qui vrillent ce caractère, l’éloignent d’une épouse elle-même dévastée par la perte de l’enfant (Marion Cotillard incarne une Lady Macbeth très vite dépassée par les agissements de son mari, ce qui donne une tout autre dimension à l’intrigue) : ce Macbeth décidément évacue les forces diaboliques ambivalentes pour ne se concentrer que sur l’homme et ses failles psychiques. Est-ce la fin de la malédiction séculaire qui plane sur la pièce ?

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Heureusement pas. Tandis que les tirades prennent un nouveau sens, entraînant le film du côté de la l’irrésistible attraction humaine pour le pouvoir à n’importe quel prix, les images elles réintroduisent la dimension sacrée, ce mystère des puissances de la nuit, omniprésentes, qui absorbent l’âme du couple. Tourné dans des décors naturels d’une beauté à couper le souffle, le film considère cet environnement pour le moins inhospitalier comme un caractère à part entière, dont la musique souligne les sauvages pulsations. Les sorcières s’y fondent comme elles y vivent, tandis que les combats les plus violents y prennent une grâce de ballet.

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Étrangement le sang, leitmotiv du texte initial, reflue pour ne jaillir qu’épisodiquement, laissant place au feu qui brûle les épidermes tandis que l’eau noie les consciences. Organique, cette adaptation se love comme un Ouroboros sur la spirale de la contestation du pouvoir à venir, en germe dans la dernière séquence, quand Fléance, fils endeuillé du martyre Banquo s’apprête à emprunter la voie tracée par Macbeth tout juste terrassé. Cette conclusion, à elle seule, ouvre une perspective de taille, qui renoue avec tout le discours politique du Barde. A croire qu’en voulant innover, cette version revient presque naturellement et malgré elle aux fondamentaux de cette œuvre hors normes. Comme une évidence. Comme une malédiction.

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Et plus si affinités
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