L’homme devant la mort : Philippe Ariès dépiote la Faucheuse …

Et il faut bien avouer qu’il demeure l’un des spécialistes du genre. Les deux volets de son monumentale étude L’homme devant la mort datent peut-être de 1977, ils n’en finissent plus de marquer nos esprits, d’édifier notre approche de ce néant que notre société hyperconnectée tient toujours plus à distance.

Ce ne fut pas toujours le cas et ce remarquable essayiste de le démontrer au fil de pages rédigées avec rigueur et passion, exemples à l’appui pour nous ramener au temps des gisants, époque médiévale où la mort s’inscrivait au centre de milliers de vies fragilisées par la faim, la maladie, les guerres, mais où la foi ouvrait les portes de l’espoir. Quoi que …

Il valait mieux alors être parmi les fortunés et les puissants pour pouvoir s’offrir cette chance d’être inhumé au pied même de l’autel, dans l’église, en directe proximité de Dieu. Et sécuriser ainsi sa place en paradis. Pour les plus pauvres, la fosse commune, éventuellement un petit coin au plus loin des parois du lieu saint. Idem pour l’instant de la mort, où l’âme, aussi noire soit-elle de crimes passés, pouvait s’illuminer d’un soudain repentir.

Ars Moriendi, danses macabres, Memento Mori, Vanités … de transis décomposés en squelettes propres et blancs comme neige, l’auteur nous donne à voir et à comprendre, via la perception changeante de la mort et de ses projections visuelles et artistiques, les mutations d’une société qui bascule progressivement dans la modernité. Et au fil des progrès, de la hausse de l’espérance de vie, éloigne la mort.

La contingente dans les hospices, les maisons de retraite, les services d’urgences, les cimetières déplacés en périphérie de nos métropoles quand ils constituaient le cœur de nos bourgs d’antan. La démonstration est éloquente. L’homme moderne ne veut plus entendre parler de la mort. Il l’ensauvage, la réduit à portion congrue, quelques chrysanthèmes à la Toussaint, désormais concurrencée par la très anglo-saxonne Halloween.

Arrivés à la dernière page de cette aventure, une question et un manque : que dirait Ariès de la mort telle qu’on la perçoit, la ressent, la vit à l’heure de l’IA, des réseaux sociaux, du transhumanisme ? Quelle nouvelle orientation la Faucheuse prend-elle dans nos inconscients quand nous avons tous l’œil rivé à l’écran ? Ariès n’est plus là pour répondre, et son successeur se fait attendre. Qui relèvera le gant ?

Et plus si affinités

http://www.seuil.com/ouvrage/l-homme-devant-la-mort-philippe-aries/9782020089456

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