Les Furies de Hitler : du nazisme au féminin ?

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« Comment les femmes allemandes ont participé à la Shoah » : le sous-titre choisi par l’historienne américaine Wendy Lower annonce la couleur. Son étude Les Furies de Hitler porte sur l’implication des femmes dans la mise en place du processus d’extermination. Excédant les figures tristement célèbres de gardiennes de camp, la chercheuse s’appuie sur le vécu d’infirmières, de secrétaires et d’épouses d’officiers SS pour explorer la manière dont les femmes ont porté cette idéologie de mort et comment elles en ont profité.

L’ouvrage qui retrace cette enquête dévoile une facette peu abordée de cette période. En mettant en lumière cette thématique, l’auteur fait tomber un tabou : nullement féministe, l’idéologie nazi a contingenté la femme dans son rôle de génitrice, ne lui prêtant aucune valeur politique autre que celle de reproduire et valoriser la race aryenne. Quant aux alliés, ils s’attachèrent à poursuivre en grande majorité les coupables masculins, considérant les éléments féminins comme des témoins.

C’est cette image globale qui prédomine, or les investigations de Lower démontrent que nombreuses furent les allemandes compromises dans le système de colonisation des territoires annexés et la gestion du domaine concentrationnaire. Sa démonstration se construit sur les parcours de plusieurs jeunes filles qui prirent leur essor avec la montée d’Hitler. Toutes s’émancipèrent socialement et économiquement en partant s’installer dans les pays envahis, toutes participèrent à la mise en place de l’occupation, au détournement des richesses, à l’exploitation des populations enfermées dans les ghettos ou les camps.

Certaines mêmes furent spectatrices des massacres, … ou y participèrent. Passons sur les détails, le livre en est rempli qui sont proprement abjects mais ont le mérite d’être étayés par des pièces à conviction, lettres, mémoires, journaux intimes, documents officiels, circulaires, … Professeur d’histoire au Claremont McKenna College, directrice de recherche associée à la Ludwig Maximilian University de Munich, consultante en histoire pour l’US Holocaust Memorial Museum, Wendy Lower connaît son métier et sait recouper les sources pour prouver ses dires. Si la structure même du livre relève de la logique propre aux essais anglo-saxons et aurait certainement été organisée différemment par un francophone, il n’en demeure pas moins que le cheminement est saisissant.

A la lumière de cette lecture, l’endoctrinement fasciste s’avère un discours sectaire qui encourage la violence en effaçant les limites morales de chacun. Les statistiques citées font frémir, de même que les anecdotes. On regrettera le peu de photos et d’illustrations, du moins, par cette publication récente (2014), la problématique est posée, d’une écriture ferme et argumentée qui appelle de plus amples approfondissements, au travers d’un documentaire ou d’une série.

Et plus si affinités

http://www.tallandier.com/livre-9791021004238.htm

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