L’Encens et le Goudron : des parfums à réveiller les morts ?

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Une nuit, Violette voit son homme, Guillaume, s’effondrer sur leur lit. AVC, coma, … désormais c’est un Beau au bois dormant qu’elle vient visiter quotidiennement à l’hôpital. Impuissante, la voici condamnée à la patience. Patience vite parasitée par les voisins de chambre de Guillaume, tous rescapés d’accidents cérébraux et en pleine rééducation. Des liens se créent, on échange même si on a du mal à parler, les fonctions du langage, la mémoire n’étant pas sorties indemnes de l’aventure. Doucement Violette découvre à quel point l’odorat peut aider à guérir. C’est alors qu’elle va créer l’orodothèque qui activera le souvenir et la résilience de chacun.

Violaine de Carné signe ici un spectacle comme on aimerait en voir plus souvent. Magie du verbe, récit à la fois drôle et tendre, poignant et mutin, l’actrice et metteur en scène interprète chacun des personnages de cette galerie haute en couleur. Dans l’ombre de cet amant immobile et muet, ce sont les autres qui se réveillent, dans le parfum des corps, la fragrance des fruits, des fleurs. Inspirée par son expérience au cœur de l’hôpital de Garches où elle a travaillé pendant huit mois avec des patients cérébro-lésés, Violaine dresse un tableau vivant et pertinent de pathologies que trop souvent la vox populi range dans les cases « folie » ou « Alzheimer ».

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Les choses ne sont pas si simples, bien au contraire. L’Encens et le Goudron est donc séquencé par les interventions régulières d’un papy militaire (le père de la narratrice sorti de sa mémoire pour prendre les opérations en main), personnage cocasse mais néanmoins stratège, qui nous explique les relations complexes entre cerveau gauche, haut lieu de la raison rigoureuse et classifiée, et cerveau droit, place libertaire de l’émotion et de l’imagination. Pour sortir nos malades des multiples entraves qui engourdissent leur cerveau gauche, ce sont les beatniks du cerveau droit qu’il faut mobiliser par tous les moyens.

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Chant, poésie, lecture, musique … l’art sous toutes ses formes devient le grand stimulateur des consciences embrumées tandis qu’il trace doucement le chemin vers la sortie du labyrinthe synaptique. Tandis que les perturbations du discours deviennent licences littéraires, tandis que le violoncelle de Veronika Soboljevski souligne les humeurs de chacun, par touche, par bouquet, les parfums distillés par le perfume jockey Emmanuel Martini nous enlacent pour nous emmener loin dans ces paysages mentaux. Poivre, santal, fleur d’oranger … les ventilateurs brassent ces senteurs tandis qu’elles s’infiltrent dans nos cerveaux comme dans ceux des personnages.

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L’expérience est introspective, qui mobilise chacun dans sa mémoire sensorielle. Elle ne demande qu’à être fouillée, approfondie, car le travail effectué par Violaine de Carné au coeur de la compagnie Le T.I.R. et la Lyre appelle d’autres occurrences, une application pédagogique qui dépasse le stade du récit pour impliquer les spectateurs. L’Encens et le Goudron constitue un premier pas dans une entreprise de recherche qu’il conviendra de suivre avec attention ; les opportunités offertes devraient de loin excéder le cadre du divertissement pour s’épanouir dans d’autres univers.

Et plus si affinités

http://www.tiretlalyre.com/encens.html

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