L’Échange des princesses ou comment survivre en milieu courtisan hostile et insalubre

1721 : dans les Cours d’Europe, il ne fait pas bon être enfant, femme, malade ou homosexuel. Si vous en doutez, regarder L’Échange des princesses devrait vous remettre les idées en place. Marc Dugain adapte ici le livre de Chantal Thomas pour narrer un épisode méconnu de l’Histoire de France mais néanmoins très significatif : les mariages simultanés de Louis XV et du futur roi d’Espagne son cousin avec l’infante Marie-Anne Victoire pour le premier, Louise Élisabeth d’Orléans pour le second. Ces messieurs ont respectivement 11 et 14 ans, ces dames 4 et 12 ans.

Je vous imagine complètement affolés : à l’époque c’est monnaie courante aussi bien dans l’aristocratie que pour les bourgeois et la plèbe. Et pour les monarchies, ces unions sont la clé de tractations diplomatiques d’envergure. En l’état ces deux mariages orchestrés par le régent Philippe d’Orléans ont pour objectif de mettre un terme à la guerre de succession d’Espagne et d’éviter que le monarque espagnol de souche bourbonienne n’ait des vues sur le trône de France. Ambiance ! Bien évidemment, ces unions n’ont pas bonne presse certains courtisans va-t-en guerre aux vues politiques assez courtes, et qui profitent du jeune âge des souverains pour briguer des ministères dont ils ne peuvent assumer la charge.

Re-ambiance ! Climat de flatterie, de chicaneries, de rumeurs, de manipulations. Et la France dans tout ça ? Le bonheur des peuples ? Celui de ces pauvres gosses à qui on vole leur enfance ? Au mieux on en fait des papillotes, au pire on sacrifie les pitchounes à l’intérêt du pays et de la famille régnante, tant pis si les parents ne reverront pas leurs mômes, si ces derniers sont considérés comme des espions dans leur patrie d’adoption, si les petites filles sont en fait de la « viande à marier », des ventres destinés à assurer la continuité de la dynastie, comme l’explique la Princesse Palatine sur son lit de mort (émouvante et si juste Andréa Férreol). Et au milieu de tout ça, la mort rôde, prête à frapper à la moindre rougeole (ce film est du reste une parfaite réclame pour l’acte de vaccination, croyez-moi sur parole). Re-re-ambiance !!!

Heureusement, nos pitchounes trouvent vite des parades : la provo pour Louise Élisabeth (fougueuse Annamaria Vartolomei, super chieuse au cœur d’artichaut gobant des gâteaux en pleine messe, pour faire hurler ses beaux-parents) qui refuse cet exil en terre madrilèno-bigote et ce mari dont elle ne sait rien, la fausse innocence de Marie-Anne Victoire qui malgré son jeune âge fait preuve d’un sens de l’adaptation sidérant (et je vous défie au passage de ne pas craquer devant la petite mais néanmoins très douée Juliane Lepoureau) devant l’indifférence d’un Louis XV inexpérimenté et dépressif (le fragile et pourtant incisif Igor Von Dessel, Louis Ier d’Espagne enfin qui se réfugie dans l’amour pour cette reine qui le néglige puis dans la mort (Kacey Mottet Klein touchant de maladresse et de désir refoulé).

Autour de ces jeunes pousses talentueuses et qui ont de fortes chances d’illuminer le cinéma français de demain, un casting de prestige : Lambert Wilson en roi d’Espagne neurasthénique, ravagé de remords, portant le poids des milliers de morts qui l’ont porté sur le trône, Olivier Gourmet, intransigeant et visionnaire dans son rôle du régent, Catherine Mouchet, sensible et droite Mme de Ventadour, gouvernante de Louis XV puis de l’infante, véritable maman, discrète mais si tendre et protectrice. Le tout empaqueté dans les somptueux costumes de Fabio Perrone et les décors de Patrick Dechesne et Alain-Pascal Housiaux, restitués dans plusieurs chateaux belges de toute beauté. Bref tout y est : un sujet d’envergure, judicieux, finalement très actuel, placé dans un écrin somptueux, des images magnifiques, une interprétation poignante, qui n’a rien à envier au désormais incontournable Marie-Antoinette de Sophia Coppola.

Quoi demander de plus ? Il ne reste qu’à visionner.

Et plus si affinités

http://www.advitamdistribution.com/films/lechange-des-princesses/

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