L’Affaire SK1 : « L’homme derrière le monstre »

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1991 : les parisiens sont terrorisés par une série de meurtres sanglants. De jolies jeunes femmes sont retrouvées violées et poignardées, qui à leur domicile, qui dans leur parking. Au début rien ne relie ces dossiers sinon une rage similaire dans l’agression et la mise à mort. Mais progressivement un jeune policier intégré à la Criminelle va mettre à jour des similitudes … jusqu’au moment où l’ADN parlera. L’affaire SK1 aboutira à l’arrestation de Guy Georges et à son procès.

De cette enquête sous haute tension, Frédéric Tellier tire un film si précis qu’il confine au documentaire. Par les yeux du jeune Charles Magne interprété par un Raphaël Personnaz totalement effréné, nous découvrons les arcanes de cette course poursuite longue de dix ans. La reconstitution est fidèle et prenante : on pénètre les couloirs de la Crim’, on suit le quotidien de ces flics impliqués jusqu’à l’obsession. L’expression « faire justice » prend ici son véritable sens, tandis que nous voyons ces personnages s’investir au dépend de leurs vies intimes, désireux quoi qu’il en coûte de trouver le coupable et de faire cesser cette hécatombe.

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Cette intensité est au cœur du projet. Confronté au viol d’une de ses proches, le réalisateur a toujours voulu consacrer un film à ce sujet qui lui tient particulièrement à cœur. Avec le dossier Guy Georges, il embrasse un sujet à la fois porteur et délicat car abordable sous plusieurs angles, thriller, drame social, chronique judiciaire, débat psychologique … et c’est justement en n’en choisissant aucun clairement qu’il estompe progressivement le propos de son film. Le titre pourtant insiste sur l’avancée médico-légale majeure provoquée par cette investigation, à savoir la création d’un fichier d’empreintes ADN des criminels sexuels à des fins d’identification ultérieures. Mais cette piste s’estompe entre le récit de la crise vécue par le héros, la traque du criminel, l’horreur pathétique des meurtres …

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Autre point qui pose question : le passage où le tueur avoue les assassinats commis durant son procès devant un parterre médusé. Si ce fait est avéré, il n’en demeure pas moins que le réalisateur prête à son personnage un repentir dont Guy Georges ne fit jamais preuve. Cette légère distorsion tend à déformer le profil du meurtrier, à lui prêter une étincelle de compassion, de regret dont les serial killers sont en général incapables de par leur schéma mental qui correspond à celui des psychopathes. Voici pourquoi il convient de confronter le long métrage de Tellier avec un documentaire sur le sujet, voire avec des ouvrages et des analyses. On n’en goûtera que plus le formidable travail de documentation effectué par le réalisateur ainsi que celui de ses interprètes.

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