Laetitia Sheriff au Nouveau Casino: Antigone revenue d’entre les morts … a rock tragedy ?

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Alors que nous nous préparons à tourner la page 2014, chance nous est donnée de terminer nos chroniques musicales sur un report cumulant album, trouvaille et live : c’est donc avec bonheur que nous bouclons la saison en évoquant le cas Laetitia Sheriff. Un cas : le mot convient car la demoiselle ressort du paysage musical, comme une survivante au milieu des décombres de l’apocalypse mercantile qui ravage nos rangs culturels. On fait sur le patronyme de la dame pas mal de jeux de mots, jonglant un peu facilement sur son caractère rebelle et intransigeant. C’est négliger la force éminemment tragique qui se dégage de sa présence scénique. Or c’est là sa très grande aura, sa puissance intrinsèque.

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Son album Pandemonium, Solace and Stars nous avait filés entre les doigts, comme le sable du temps, dans la déferlante des jours. Trop de mails, trop d’infos, une couverture presse élogieuse mais répétitive, une to-do list blindée, … le CD sheriffien était demeuré sur une pile anonyme. Erreur dont nous avons fait amende honorable dés les premières minutes du live au Nouveau Casino. Pardon chère Laetitia, de t’avoir ignorée, mais que diable, il nous fallait vous voir, toi et tes complices, occupant le plateau verdi par les spots funèbres, vous entendre entonner ce long chant funèbre pour saisir l’ampleur de la chose.

Car dés les premières notes, ta musique se tisse de mélodies lancinantes, murmurées comme des berceuses, des comptines malveillantes et dérangées, puis doucement le son s’épaissit, se durcit, devient agressif sous les riffs torturés de Thomas Poli échappé un instant de Montgomery, les tambours de guerre de Nicolas Courret from Eiffel. On apprend même que les parties violon de ton album sont le fruit de Carla Pallone de Mansfield TYA. Tiens-donc ? Je comprends mieux le côté Antigone, seule contre tous, entourée des ombres familières de ses proches.

Ouep, à  n’en pas douter, tu es une femme de scène, et c’est en live que tu t’exprimes, pour raconter ces peurs d’adolescente qui toujours fera les angoisses des femmes adultes. Liberté vs solitude, peur des sentiments prison, oppression des questions lancinantes sur le mystère des existences, … une fille du dark abreuvée par les mélodies de Veruca Salt, la brune Kim Deal, PJ Harvey ? Une grande retenue au micro, pudique quand tu descends dans l’ombre de la fosse pour terminer ton set sur une balade aux accents d’adieu prononcée dans la ténèbre quand on attendrait une poursuite aveuglante. Mais les paillettes ce n’est visiblement pas ton truc, Antigone non plus n’aime pas les paillettes.

Une heure de live plus tard, un live construit intelligemment avec une progression dans l’utilisation de plus en plus poussée des instruments avec l’apparition du synthé à mi parcours comme un deus ex machina, nous voici convaincus : théâtrale, Laetitia en a dans les tripes sans trop en faire, et c’est une leading lady toute en discrétion qui s’impose, basse à la main, de sa voix douce aux accents métalliques. « Where’s my I.D. ? » demandait-elle dans un EP ? Ma foi sur scène sans conteste possible, dans ce délicieux mélange de balade et de rock obscur et tourmenté, qui fleure bon le clair obscur, les « ténébreuses clartés » cornéliennes.

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A découvrir, explorer et apprécier, car notre héroïne a de la compo à son actif avec les albums Codification, Game over (une pure merveille) et Pandemonium, Solace and Stars, sans compter un EP et un live qui méritent le détour, même si c’est en concert que Laetitia Sheriff prend toute sa dimension et sa valeur. C’est probablement dans cet instant de catharsis que vous la découvrirez le mieux.

 

Et plus si affinités

http://www.laetitia-sheriff.com

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