La Scandaleuse Duchesse de Windsor : Bonnie and Clyde à la royale ?

Ah ! Édouard et sa Wallis !!! Voici une histoire d’amour qui en a fait couler, de l’encre ! Et passionné les foules, fasciné les journaux ! Profondément emmerdé la monarchie britannique, également, qui aurait pu y rester. C’est que derrière l’image glamour d’une relation interdite, vécue malgré tout au prix de la couronne, se dessine un paysage beaucoup plus sombre où transparaissent l’alliance avec le nazisme, le sens de la perversion et le goût de l’argent. Conscient de cette ambivalence pour le moins problématique, Charles Higham a construit La Scandaleuse Duchesse de Windsor dans l’objectif de confronter le glamour et le sordide.

Avec succès et une plume résolument accrocheuse, qui dresse au travers de cette biographie une atmosphère entre romance et livre d’espionnage. Car Wallis Simpson n’avait rien d’une sainte. Bâtarde issue d’une riche famille bourgeoise de Baltimore, elle naquit dans une période où la seule solution d’émancipation offerte aux femmes était le mariage. Ambitieuse, doté d’un caractère impérieux, avide de bijoux, elle éclusera deux maris avant de faire succomber le futur roi d’Angleterre qui très vite ne pourra plus se passer de l’américaine.

Manque de chance, la dame est roturière, a multiplié les liaisons, un divorce et des amitiés contestables à l’heure où le fascisme étend sa toile sur l’Europe. On parle même d’un stage de formation dans les bordels chinois où son premier mari l’aurait placée pour qu’elle apprenne certaines techniques sexuelles relevant de la domination, et d’un penchant très vif pour l’espionnage, les informations importantes passant à portée de ses oreilles se retrouvant divulguées comme par magie dans le camp adverse. Bref ce n’est guère un parti envisageable pour un roi.

Autant dire que quand elle commence à nager à proximité du prince héritier de la couronne, les services secrets britanniques mettent ce beau squale sous haute surveillance, et les dossiers à charge de se remplir de preuves que l’auteur cite avec précision et jubilation. Étudier la vie de Wallis Simpson est une aubaine, pour qui veut pénétrer les arcanes de l’aristocratie anglaise à l’aube de la deuxième guerre mondiale, saisir son engouement pour le fascisme comme dernier rempart au communisme quitte à trahir son pays, une stratégie appuyée de la négociation et de la paix, peu importe le prix à payer. Wallis et son prince charmant n’étaient pas les seuls à flirter avec Mussolini et Hitler, une bonne partie de la jet set européenne leur emboîtait le pas, sans vergogne.

On découvre l’ampleur de la contagion au fil des pages de ce récit prenant, où par ailleurs la futilité dépravée, parfois criminelle, de cet univers saute aux yeux. Son irresponsabilité également. On sait comment Édouard abdiquera, préférant sa maîtresse à son trône, ce qui lui vaudra l’admiration d’un public transi par cette passion romantique. On sait moins qu’il a fallu ensuite encadrer le duc de Windsor et son épouse, que les nazis auraient bien vu à la tête d’Albion, une fois la terre de Shakespeare annexée. Les trois quarts de la biographie retracent donc les complots et les extravagances de ces Bonnie et Clyde à la royale, agitateurs de salon, qui perdent toute trace d’intérêt une fois le conflit terminé.

Les derniers chapitres évoquent une chute progressive, la semi-réconciliation avec le clan royal qui jamais ne qualifiera Wallis d’ « altesse royale », l’ennui des soirées parisiennes, la déchéance physique, la mort … reste la postérité, mi figue mi raisin, le sentiment amère qu’Édouard et sa Wallis ont gâché pas mal de choses, se sont conduits comme des fantoches, les derniers représentants d’une classe sociale moribonde, … et cette fresque haletante où les flonflons d’une fête perpétuelle voisinent avec le chaos.

Et plus si affinités

https://www.editions-jclattes.fr/wallis-simpson-la-scandaleuse-duchesse-de-windsor-9782709625487

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