La Grande Magie : car à chacun sa vérité ?

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Ah ces italiens, y a pas à dire ils ont le théâtre dans la peau, le spectacle dans le sang. Goldoni, Visconti, Strelher, Fo, Pirandello, Toto, Gassmann, … je ne vais pas vous les citer, on n’en finirait pas. Normal, me direz-vous le pays fut la patrie d’origine de la commedia dell’arte, de l’opéra … il faut croire que c’est dans l’air, un trait spécifique de la culture, de l’ADN. La patrie de Fellini, Casanova et Vivaldi inscrit le goût prononcé de l’illusion à son patrimoine.

Avec La Grande Magie, Eduardo De Filippo perpétue cette tradition avec un bonheur certain qui le fait flirter sans complexe avec l’absurde : nous sommes dans une station balnéaire, au temps tranquille et ennuyeux des villégiatures bourgeoises. Parmi la cohorte de personnages délicieux qui traînent leur farniente, Calogero Di Speta fait tâche. Jaloux compulsif, psychorigide, il urveille sa jolie femme de près. Trop et pas assez semble-t-il puisque la belle disparaîtra durant un spectacle de magie.

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Désintégrée ? Enlevée plutôt, par un bellâtre qui l’emmène à Venise tandis que le prestidigitateur, Otto Marvuglia, noie le poisson en faisant croire au cocu, que sa femme a changé de dimension et se trouve désormais enfermée dans une boite. Et le cocu de préférer croire cette énormité que d’accepter l’humiliation d’un abandon. Nous sommes en Italie, s’y faire souffler sa femme est peut-être chose commune, elle n’est cependant pas bien vue de la société. Mais pour Don Calogero, la crise va être bien plus profonde qu’une rupture amoureuse. C’est son existence, sa perception au réel, sa condition humaine qui va en être bouleversée.

La confrontation entre réel et illusion : le thème fit les beaux jours du théâtre pirandellien avec Six personnages en quête d’auteur ou Ce soir on improvise. Pour La Grande Magie, De Fillipo se rapproche plus d’un Chacun sa vérité, abordé sous l’angle du Divorce à l’italienne de De sica. Nous sommes en 1948, le théâtre italien se réveille des séismes de la guerre avec moult sujets à traiter. De fait la plume de de Filippo va très vite le placer parmi les figures de proue de la scène d’après guerre, aux côtés de Dario Fo.

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C’est que l’illusion théâtrale, il connaît bien, très bien même. Ses charmes, ses rires, ses voluptés et ses dangers. Fils naturel de l’acteur napolitain Eduardo Scarpetta, il fréquente les planches et les coulisses depuis l’enfance, monte sa propre troupe avec son frère. Bref le théâtre pour lui c’est affaire de famille, et cela se sent à chaque réplique, notamment lorsqu’il évoque les relations de Marvuglia le magicien, son épouse aimante bien qu’ironique, leurs amis et aides, une petite troupe très vite dépassée par les caprices de ce « client » qui s’obstine à alimenter sa chimère au point de faire la grève de la faim.

La fin ? Vous la saurez en visionnant le DVD qui restitue l’excellente mise en scène de Dan Jemmet jouée en 2010 à la Comédie Française. Sa lecture inspirée du cinéma italien d’après guerre (l’ambiance de la station balnéaire évoque l’autobiographique Amarcord de Fellini), repose sur l’interprétation farfelue et distanciée de Claude Mathieu et Hervé Pierre tandis que Denis Podalydès prête son intransigeante fragilité à la dérive de Calogero. Mais ce choix de l’illusion est-il dérive ou volonté de changement ? A voir car au final à chacun sa vérité ?

Et plus si affinités

http://www.editionsmontparnasse.fr/p1660/La-Grande-Magie-DVD

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