La Femme au tableau : histoire exemplaire d’un combat justifié

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Décidément la spoliation du patrimoine culturel européen par les nazis constitue un sujet attractif aux yeux des réalisateurs. Si Monument men de Clooney évoquait dans ses grandes lignes les efforts déployés par les Alliés pour récupérer les œuvres d’art prestigieuses détournées par le IIIeme Reich, La Femme au tableau nous fait vivre ce drame de façon intime, en l’abordant du point de vue d’un tableau, le célébrissime portrait d’Adèle Bloch Bauer, rebaptisé La Femme en or par les allemands avant de devenir propriété du musée du Belvédère à Vienne.

Le film de Simon Curtis relate donc le combat mené par Maria Altmann et son jeune avocat Randol Schoenberg pour récupérer ce tableau de famille. Soyons honnêtes, le film n’a rien de palpitant, le suspens y est mince, et si l’interprétation est sans reproche, menée tambour battant par une Helen Mirren tout à fait juste, le récit des démarches entreprises n’a rien de très prenant, de même les étapes du conflit avec les autorités autrichiennes. L’intérêt du propos est ailleurs, dans le statut même de ces œuvres, propriétés privées issues de collections personnelles appartenant très souvent à des familles juives richissimes, confisquées par les séides d’Hitler pour être ensuite intégrées dans les catalogues des grands musées du Reich.

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A ce titre si le portrait d’Adèle représente pour Maria une mine de souvenirs personnels et la mémoire d’une proche, pour l’ensemble des autrichiens elle est l’équivalent d’une Joconde nationale. Comment alors statuer ? Que doit devenir ce tableau ? Appartient-il à l’héritière de cette famille injustement dépouillée par un régime inique et brutal ou est-il par la force des choses devenu le pilier d’un patrimoine commun à une nation ? Le film aborde cette question et on aurait aimer qu’il l’approfondisse … mais ceci serait plus adapté à un documentaire, Voler Klimt par exemple, diffusé par la BBC et dont s’est inspiré le réalisateur pour façonner en partie son scénario.

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La Femme au tableau substitue aux questions purement philosophiques et politiques l’impact émotionnel, faisant ressortir la violence psychique absolue qu’a constitué ce rapt. Le mot n’a rien d’exagéré : Curtis alterne le combat juridique de Maria Altmann avec le souvenir de sa vie viennoise au sein d’une famille cultivée et protectrice des arts. Le moment où les SS pénètrent de force l’appartement somptueux où elle vit avec ses parents et son jeune époux est particulièrement intense. Se considérant en terrain conquis, ces rustres inéduqués et sans aucune perception arrachent les tableaux des murs, confisquent les objets de valeur, dévastent l’endroit, allant jusqu’à prendre le Stradivarius du père, qui est l’âme du clan.

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C’est probablement en cet instant d’une infinie tristesse qu’on saisit l’horreur qu’on fit subir à cette population, en lui arrachant la ressource de l’esprit et de la créativité, comme une première mais fatale atteinte à sa dignité et à son intégrité. A partir de cette minute, la quête de l’héroïne fait sens, viscéralement. Elle prend une dimension supplémentaire dans le tableau d’une Vienne magnifique, plaque tournante de la vie intellectuelle européenne, vivier en constante gestation où Klimt est un génie parmi d’autres. Amour de l’esthétique, soutien des artistes, ouverture sur le monde, la déferlante nazie qui vient balayer cette civilisation n’en apparaît que plus barbare et régressive.

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Et plus si affinités

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