La Crème de la crème : le pire c’est qu’ils en sont fiers …

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Il y a un an à peu près déboulait sur les écrans La Crème de la crème. Le brûlot de Kim Chapirot fit immédiatement couler à flot l’encre des critiques. Tout le monde y alla de son petit commentaire : le jeune réalisateur s’en prenait-il vraiment à la prestigieuse HEC ? L’école de commerce tolérait-elle pareilles déviances ? Son récit était-il vraisemblable ?

Le film me tombe sous les yeux douze mois plus tard : le climat de scandale s’est largement dissipé. Que reste-il de l’odeur de souffre ? Pas grand-chose, ma foi. Un film de bonne qualité mais qui ne frise guère le génie, dans le traitement des images et de la lumière. C’est plus le scénario initié par Noé Debré qui accroche : on y dépeint une jeunesse dorée, qui en attendant patiemment d’hériter de la boite de papa ou de sa fortune, fait une fiesta à peine entrecoupée de cours dans lesquels elle s’emmerde ferme. Au milieu de cette bacchanale, trois élèves d’origines sociales différentes, Louis de noble extraction, Dan issu de la bourgeoisie aisée, Kelliah originaire d’une banlieue misérable, comprennent que pour percer, se faire un nom et constituer le réseau qui les mettra en rails et assurera leur carrière, il faut à tout prix contribuer à la fiesta. Comment ? En y introduisant des jolies filles, venues là contre monnaie sonnante et trébuchante pour rehausser le prestige de leur cavalier et passer la nuit avec. Légalement cela relève de la prostitution.

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On se demande donc ce que ces sales mômes faisaient en cours de droit, dormir profondément peut-être ? Par contre ils étaient certainement très à l’écoute en Eco et en Finance vu le business plan qu’ils montent pour développer leur petite industrie. On frémit en entendant leur discours, leur justification, et leurs calculs. Sauf que tout ce petit monde va se faire rattraper. Par les adultes ? Que nenni ! Les hautes instances parentales et professorales brillent par leur absence, leur inconscience, leur démission ; aveugles et/ou candides, les anciens sont transparents. Leur descendance a donc le champs libre pour s’adonner à leurs trafics borderline sous couvert d’expérimentation sociétale. Sans l’ombre d’un scrupule, en enrobant le tout d’un vocabulaire pseudo intello-technique qui cache élégamment une dérive délinquante évidente doublée d’un mépris total pour soi et autrui. Tous sont touchés, ceux qui organisent, ceux qui en profitent, … celles qui participent et celles qui dénoncent. Ecoeurant ? Effrayant ? Réaliste ? A la sortie du film tout le monde s’est demandé si ce fait divers est vraiment survenu.

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Pourquoi oui ? Pourquoi non ? La question n’est pas vraiment là. Le film de Chapirot prend sa source et sa légitimité ailleurs, dans le tableau d’une jeunesse sans repères autres que l’argent, et la réussite sociale. Plus de morale, plus de limites, la griserie d’un pseudo pouvoir bien trompeur … Ce qui va les ramener brutalement sur terre ? L’amour. Eh oui on ne peut dompter les sentiments et très vite ces jeunes entrepreneurs inflexibles et fiers vont se retrouver happés dans le labyrinthe de leurs attirances. Leur punition est là, tout comme leur salut (et l’opportunité d’une fin ouverte en forme de pirouette pour le réalisateur qui s’offre une issue confortable bien qu’un peu capillotractée). En bref si les trois comparses vont vite déchanter, c’est plus par amour que sous la menace d’une justice dont ils n’ont cure, n’ayant pas saisi la portée de leurs actes, satisfaits même de leur succès. « On ne badine pas avec l’amour », avait expliqué Musset en son temps. La Crème de la crème recoupe cette bonne vieille thématique tout comme celles du roman d’initiation, avec des profils assez proches du Julien Sorel de Stendhal dans Le Rouge et le Noir, du Frédéric Moreau de Flaubert dans L’Education sentimentale.

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Apprentissage difficile de règles sociales retorses, découvertes des rouages peu louables d’une élévation trompeuse, désillusions en chaîne en place des succès escomptés, … au final Chapirot prolonge la tradition en la situant dans ce qui aujourd’hui constitue le creuset reconnu de l’accomplissement à savoir l’école de commerce. Qu’en conclure ? Qu’en tant de siècles, rien n’a changé ? On est tenté de le croire. Et cela fait peur, car le principe républicain d’égalité et de fraternité en prend un coup mémorable. En place, une jeunesse éperdue de fric, de clinquant et de gloriole, dépourvue d’éthique,  sous l’oeil complaisant et impavide d’adultes qui acceptent et encouragent ces dérives. Équivalent français du Bling Ring de Sophia Coppola, La Crème de la crème ne peut se résumer à la critique d’une institution précise, en l’état HEC. C’est toute une mentalité, une perception des relations, des échanges qui est évoqué du point de vue de gamins qui demain vont devenir l’élite d’un pays, en conséquence des modèles et des dirigeants, avec entre les mains nos destins économiques, financiers et politiques. Cela explique beaucoup sur l’état actuel de notre monde. Et pour le coup, c’est autrement terrifiant.

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Et plus si affinités

http://lacremedelacreme-lefilm.com/presse/

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