La Belle Hélène à l’opéra de Hambourg : Offenbach et La Croisière s’amuse

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On dira ce qu’on voudra, les metteurs en scène actuels ont le chic pour dépoussiérer l’opéra et avec bonheur. Certes il peut y avoir des ratés et j’ai souvenance d’un Trouvère perdu dans les salles d’un musée qui n’était pas du meilleur effet. Mais force est de constater que ça marche pas mal : La Traviata vue par  Jean-François Sivadier ou  Dmitri Tcherniakov, Haneke avec Cosi Fan Tutte,  Jean-Daniel Herzog  avec La Flûte enchantée, Jonathan Kent avec Don Giovanni, sans compter les chroniques que notre Clo nationale ramène régulièrement de ses pérégrinations à l’opéra de Lyon, et toutes les productions que nous ne pouvons voir …

Décidément il y a de quoi faire et c’est un véritable plaisir d’ajouter à la liste la version de La Belle Hélène par le binôme franco-canadien André Barbe et Renaud Doucet telle qu’elle fut jouée à l’opéra de Hambourg durant cette période de fin d’année. Il faut dire que ces messieurs ont de la suite dans les idées presqu’autant que le malicieux compositeur  Offenbach et ses librettistes les sémillants Meilhac et Halévy.

Tandis que ces derniers font de Hélène une cocotte évoluant dans la débauche bon enfant du Second Empire, les premiers ne trouvent rien de mieux qu’amplifier la chose en précipitant l’action sur un paquebot grec des années 60 où de riches américaines liftées et drapées de plumes rose Barbie échappent à la surveillance alanguie de leurs gras et richissimes époux pour chasser l’éphèbe.

L’idée est proprement géniale qui évoque pêle mêle la Mrs Robinson de The Graduate, une Ginger Rogers défraîchie et Joan Crawford en pré-phase de lifting. Ajoutez-y un Paris aux allures de Joe Dassin, une suivante qui arbore le look de Nana Mouskouri, des choristes choucroutées comme Divine, Oreste mis comme Austin Power, et des danseurs qui jerkent sur les airs de french cancan et vous aurez à peine une idée du tableau.

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Si l’on regrette le manque de dinguerie des rois (mon Dieu où est passée la bouffonnerie de Jules Bastin et Michel Trempont coinçant Jacques Sereys de leurs bedaines pendant l’anthologique trio d’Agamemnon, Ménélas et Calchas durant la mise en scène anthologique de feu Jérôme Savary), pour une fois c’est Hélène qui plante le comique avec l’interprétation proprement burlesque de l’incroyable Jennifer Larmore qui n’a rien perdu du volume vocal qui faisait sa prestance quand elle interprétait Haendel et Rossini.

Et la dame de jouer les cougars avec ferveur tout en sortant badine et menottes devant un Paris un peu désarmé mais vite conquis par les mœurs de la plus belle femme du monde. Et tout d’être ainsi décalé sur ce paquebot baptisé « Jupiter Stator », pour finalement trouver place et sens dans cette période de révolution sociale, morale et sexuelle que furent les 70’s débutantes (avec néanmoins un clin d’œil désopilant à la politique d’austérité merkelienne, fort applaudi du public allemand, et qui rappelle le caractère moqueur de l’opérette). Car après tout quoi de mieux que les airs délurés d’Offenbach pour signifier le Summer of Love ?

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Et plus si affinités

http://concert.arte.tv/fr/la-belle-helene-jacques-offenbach