Kenneth Anger – Hollywood Babylone : quand le cinéma vend son âme au diable …

Harcèlement sexuel, brimades et insultes, agressions, viols, menaces … alors que les langues se délient dans le sillage de l’affaire Harvey Weinstein, la lecture de Hollywood Babylone (1959) et Retour à Hollywood (1986), les deux ouvrages de Kenneth Anger, s’impose pour rappeler que la chose est monnaie courante à Los Angeles … depuis l’origine du cinéma !

Et Kenneth Anger sait de quoi il parle : réalisateur underground, individualiste forcené, homosexuel passionné d’occultisme, nous avons déjà croisé sa route dans la proximité du maléfique Bobby Beausoleil dont il aurait voulu faire le héros de son Lucifer Rising ; le sombre dandy préférera s’acoquiner avec Charles Manson et sa secte meurtrière, détruisant au passage les bobines du film initial, c’est du moins ce que prétendra Anger.

D’entrée de jeu, l’auteur est nimbé d’une bien sulfureuse auréole, qui inspirera entre autres Scorcese … et transpire dans les lignes qu’il consacre à l’envers du décors hollywoodien, dévoilant les perversités de la colonie du cinéma, avant même que James Ellroy y consacre ses romans. Partouzes, détournement de mineures, alcoolisme, drogues, manipulations, pressions, mafia … de chapitre en chapitre, Anger expose la magie noire d’Hollywood, cette manière qu’elle a de révéler ce qu’il y a de plus sombre chez ses adeptes, acteurs triomphants, starlettes éphémères, producteurs verreux, journalistes avides de scandale …

Les ligues de vertu ne sont pas en reste, et nous les voyons mettre le groin dans la vie des studios, supervisant scenarii et tournages en quête du péché à exorciser… avec le succès qu’on imagine, vu les récits pour le moins scabreux que déroule Anger chapitre après chapitre, avec un cynisme évident : Chaplin attiré par les adolescentes, Stroheim adepte du SM, Mae West croqueuse d’hommes, Olive Thomas camée à mort, Frances Farmer lobotomisée … s’amusant à faire chuter ces idoles de leur piédestal, Anger illustre ainsi le thème de la moderne Babylone, filmé par un Griffith visionnaire.

Cette histoire du cinéma américain confronte avec brutalité l’étendue de ces talents et leurs turpitudes, dans un climat de stupre et de meurtre. Le tout enrobé d’une omerta digne de la Camorra ! Anger le rageux en rajoute-t-il ? Vu le déferlement de révélations qui accompagne le scandale Weinstein, il semblerait que non, qu’au contraire il soit dans le juste, se délectant au passage de cette atmosphère païenne et criminelle, comme si la Mecque du cinéma avait vendu son âme au diable, devant ensuite l’honorer de perpétuels sacrifices.

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