Jean-Michel Othoniel : Géométries amoureuses de Montpellier à Sète

Voici plusieurs années qu’il en rêvait : cet été 2017, c’est chose faite. Jean-Michel Othoniel, puisant dans sa collection privée, installe ses Géométries amoureuses depuis Montpellier à Sète en un duo d’expositions lumineuses et oniriques.

Carré Sainte Anne : en quête d’Idéal et de quiétude

Nous découvrons le premier temps de cette rétrospective dans l’enceinte du Carré Sainte Anne à Montpellier. Pour l’occasion, l’artiste a fait repeindre les murs en rouge sang de boeuf afin de rehausser ses compositions de verre : une chemin de briques bleu turquoise, des ornements de couleurs accrochés comme des parures de sultane, des totems chatoyants comme on en trouve dans les tableaux de Bosch.

Sabots de Vénus aux formes alanguies, colliers de titans aux lourdes perles mordorées, crosses ouvragées comme des oriflammes, l’art de Murano, le talent des artisans verriers d’Inde sont ici convoqués, façonnant chaque œuvre comme une fusion des éléments, végétaux exotiques, feu et air confondus, fragilité des formes, un poème entre sensualité orientale et liturgie romane, une construction ADN magique et hors du temps.

En écho avec les vitraux qui illuminent l’espace de leurs récits sacrés, les sculptures se répondent dans une atmosphère qui aurait enchanté un Baudelaire en quête d’Idéal et de quiétude. Car l’ensemble de l’installation présente une harmonie qui calme les sens autant qu’elle les interroge. Chantantes, les nuances, suspendues dans les airs au dessus du public, ou à ses pieds comme une écume bleutée, accrochent le regard, rendent joyeux et insouciant.

CRAC de Sète : la tempête des émotions

L’autre volet exposé dans l’enceinte monumentale du très moderne Centre Régional d’Art Contemporain de Sète se veut plus sombre, plus brut. Dans les hautes salles d’un blanc aveuglant, ce sont des spirales noires, des éclats d’obsidienne, une immense vague de briques ténébreuses qui engloutissent le visiteur réduit à rien face à ces monstres. Une galerie de dessins évoque le travail préparatoire à chaque installation, comme une scénographie délicate.

Inspirée par la tempête des éléments comme des émotions, cette deuxième exposition complète la première d’un visage moins serein. Est-ce parce qu’elle marque la fin d’un cycle, le départ de la directrice du lieu Noëlle Tissier, qui, il y a 20 ans, convoquait Othoniel pour inaugurer cette structure posée sur le port de Sète comme une avant garde angulaire de béton ? « Les premiers seront les derniers » : consacrant aux jeunes artistes accueillis dans ses murs une série de monographies récapitulant l’impact de sa structure sur leur carrière, Noëlle Tissier conclut cette boucle sur l’univers ô combien unique d’Othoniel.

Et pour rien au monde, l’artiste n’aurait refusé cette proposition qu’il appelait de ses vœux les plus chers, s’étonnant par ailleurs du succès obtenu, de la fréquentation sur les deux sites, prenant progressivement conscience de la portée d’événements gratuits à l’heure où les musées chiffrent leur entrée à la hausse. Une réalité qui le touche, comme il nous le confie alors que nous croisons sa route au hasard d’un déjeuner. Sous ses airs réservés, presque timides, le monsieur cache un caractère décidé et tenace. Pour sûr, cette perception devrait ultérieurement faire son chemin.

En guise de conclusion …

De Montpellier à Sète, les Géométries amoureuses d’Othoniel charment autant qu’elles inquiètent. Car derrière le bonheur d’exposer une œuvre, c’est une démarche culturelle qui est mise en question alors que la région Occitanie s’apprête à redistribuer les cartes en matière de budgets alloués à l’action artistique. Dans cette zone dont les nouveaux contours couvrent la superficie de l’Autriche, que vont devenir des sites périphériques comme le CRAC de Sète, tandis que les grosses machines des cités porteuses vont absorber l’ensemble de la manne publique ? Quid de l’action culturelle de proximité quand le tout touristique règne ? Fruit de l’implication d’Othoniel qui en a été la cheville ouvrière, ces deux expositions soulèvent une problématique qui va très vite s’imposer comme centrale dans un territoire où la culture représente un moteur évident et une nécessité quant au maintien du tissu social.

Pour consulter l’album photos des expositions, suivez le lien.

Et plus si affinités

http://crac.languedocroussillon.fr/exposition_fiche/212/3169-expositions-art-contemporain-du-moment-crac-sete.htm

https://www.facebook.com/CarreSainteAnneMontpellier/

http://www.othoniel.fr

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