Irving Penn : la photographie, cette expérience émouvante …

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par Nicole Gabriel … et Nicolas Villodre

Dans la famille Penn, je voudrais le frère ! L’aîné des deux, Irving, le grand photographe, étudia le design, tandis que l’autre, Arthur, le cinéaste (auteur, entre autres, du Gaucher) se forma au théâtre dans la fameuse école de l’Actors Studio qui cherchait à adapter (plus ou moins fidèlement) les concepts de Stanislavski. A l’occasion du centenaire d’Irving, le Grand Palais lui consacre une rétrospective, la première en France depuis sa mort il y a huit ans.

Sept décennies de clichés

C’est l’occasion de découvrir (ou de redécouvrir) une œuvre qui s’étend sur près de sept décennies, reproduite en grand format aux tirages impeccables, qui plus est, agréablement accrochés sur surfaces sombres. Les commissaires Maria Morris Hambourg et Jeff L. Rosenheim, Joyce Frank Menschel et Jérôme Neutres ont passé en revue différentes thématiques, traitées essentiellement en noir et blanc et en ratio vertical – aucun paysage à l’horizon !

On passe donc des natures mortes et images de rue aux impressions passéistes teintées de surréalisme, aux portraits, aux clichés pour magazines de luxe, aux prises de vue du photographe/voyageur, aux petits métiers à la Sander, aux icônes de stars, aux nus forcément artistiques (figure imposée pour tout photographe qui se respecte), à un exotisme bon enfant (et non colonialiste) à la Jean-Paul Goude, aux cigarettes et autres rebuts de la vie urbaine, façon Schwitters. Autant de thèmes abordés chronologiquement.

Les deux faces du glamour

Penn, comme son frère, montre les deux faces du glamour. Le profilmique de l’un et le prophotographique de l’autre enregistrent les plus beaux corps et atours qu’une caméra puisse capter, que ce soit à la lumière naturelle ou à l’artificielle, sous le soleil californien ou sous les sunlights du studio. En même temps, il dévoile la face cachée de l’industrie dont il participe sans jamais être totalement dupe – ce qu’en France on appela la société du spectacle. Tout ici est stylisé. Nous ne sommes jamais dans le photojournalisme, le reportage, la paparazzade, l’instant volé à la Cartier-Bresson. Jamais dans le pittoresque, l’anecdotique, le sentimentalisme à la Doisneau. Encore moins dans le fait-divers, le tragique, le macabre à la Weegee.

Les personnages donnent la sensation d’être tous, plus ou moins, en représentation. Ils se donnent en spectacle comme au théâtre. C’est d’ailleurs sur un fond de rideau épais et gris, qui ne fait pas de pli, chiné à Paris, transbahuté avec tout le matériel de base du photographe professionnel que Penn a fait poser ses modèles. Avec malice, il aimait aussi coincer ses sujets dans un angle du studio – cf. le portrait de Truman Capote, en partie effondré, tenant une cigarette à la main.

Un portrait, une âme

Le caractère, pour ne pas dire l’âme, du portraituré est ainsi lisible. Que ce soit la mélancolie d’un Hitchcock perché sur un monticule tapissé, dans une composition oblique ; la détermination froide et, pour une fois, nullement affectée d’un Dali, saisi assis, en grand angle, les jambes écartées, prêt à bondir ; le désarroi, feint ou réel (peu importe !), transmis par le visage à demi-éclairé, de Marlène nous tournant le dos, emmitouflée dans un manteau noir. La prise de vue métonymique de Picasso en dit plus que toutes celles prises du peintre andalou.

Les études de design du jeune Irving ont influencé ses compositions géométriques, ses contrastes souvent poussés au maximum, ses idées toutes simples mais toujours élégamment développées, que l’on retrouve dans sa photo de mode. Il sait valoriser tantôt l’accessoire (une manche de Balenciaga), tantôt l’attitude, la sensation ou l’expression de la top. Une de ses plus belles (et, en un sens, perverses) compositions, avec Mary Jane Russell, sert d’affiche à la manifestation.

Les humbles comme les célébrités

Penn ignore sinon la politique (on peut penser que son cœur battait plutôt à gauche), du moins les politiques. Aucun personnage du pouvoir n’est par lui flatté – aucun, en tout cas, n’a été retenu dans la sélection de cette exhibition. Il traite les humbles comme des célébrités (et inversement), va jusqu’à payer les paysans péruviens invités à poser pour lui dans un tout petit studio de Cuzco mis à disposition par un photographe local.

Sa série sociologique sur les petits métiers nous mène de Paris à Londres puis à New York. Elle a pour titre Les cris de la rue, tant il est vrai que la photo devient parlante. Chacun pose dans sa tenue de travail, avec ses attributs, son attirail. L’empathie du photographe avec ses modèles est réelle.

Le moment unique de la prise de vue, celui dont on ne sent jamais le travail préparatoire, permet la rencontre de deux mondes en un même lieu : le cadre du studio. L’univers de l’un, le photographe, coïncide avec celui de l’autre, le sujet ou modèle. Cet entre-deux constitue pour Irving Penn « une expérience émouvante pour les modèles » et aussi pour lui.

Pour consulter l’album photos, suivez le lien.

Et plus si affinités

http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/irving-penn

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