Habibi Funk : à la recherche du groove arabe perdu

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Alors oui, ce que vous allez entendre est bien une reprise du cultissime « Papa got a brand new bag » de James Brown, oui ça date des années 70, et oui c’est chanté en arabe :

Chers lecteurs/auditeurs de mon coeur, vous avez ici le privilège d’entendre le regretté mais néanmoins talentueux Fadoul accompagné de ses Privilèges, une formation pour le moins décoiffante qui eut l’heur de sévir au Maroc dans les années 70. Si vous avez cette chance de l’entendre reprendre le grand James Brown en arabe s’il vous plaît, c’est grâce à la longue enquête menée par Jannis Stürz, aka Jannis, membre du label allemand Jakarta Records.

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Jannis en pleine quête du groove arabe perdu

Aux racines de cette épopée, une tournée au Maroc : Jannis y accompagne le new yorkais Blitz The Ambassador. Il profite de son temps libre pour aller se balader dans les villes qu’il traverse. C’est dans une petite rue de Casablanca qu’il tombe par hasard sur un stock de vinyles, planqués dans l’échoppe d’un réparateur d’électroménager. Ancien directeur de label, ce dernier s’est reconverti dans les années 80 mais a conservé de véritables pépites, parmi lesquelles les albums de Fadoul et les Privilèges.

C’est le coup de foudre, la naissance d’une passion, le point de départ d’une quête qui conduira Jannis à écumer les pays du Mahgreb, l’Egypte, la Syrie, le Soudan, le Liban et j’en passe. De découverte en découverte, le producteur met à jour un véritable trésor, l’âme de la soul arabe. Il s’en inspire dans des mixes qui feront le bonheur des auditeurs de Radio Nova, Neon Magazine, The Guardian, okayplayer.com, yourmiddleeast, Konbini.fr, Clique.tv, Wax Poetics, ou Jeune Afrique : le phénomène intrigue autant qu’il envoûte.

Devant ce succès, Jakarta Records fonde Habibi Funk avec pour objectif de rééditer ces fleurons d’un courant musical d’envergure. Car Fadoul ne fut pas le seul de sa génération à céder aux sirènes du groove. Citons le groupe Dalton, mais aussi Golden Hands, Ahmed Malek, Abdou el Omari, les 4Des, Ammar El Sheriyi … Un véritable travail d’archéologue que de retrouver les vestiges discographiques de ces gloires pour les publier à nouveau. Et une mission d’historien de la culture et des arts : cette démarche de réédition met en exergue le fruit d’une rencontre, d’une mixité.

Sans jamais renier leurs racines ni leur langue, ces artistes ont en commun de fusionner l’esprit de la soul avec la puissance nostalgique de la musique arabe traditionnelle. Le résultat est sidérant parce qu’il est beau, dansant, rayonnant certes, mais aussi car il témoigne d’un esprit d’ouverture qui s’est en partie abîmé dans les affres du repli communautariste et religieux. En ranimer la mémoire est un acte généreux et humaniste, qui abolit les frontières, les divergences, pour unifier les esprits sous la bannière de la créativité par delà les origines et les âges.

Et plus si affinités
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