Folies Offenbach : un tourbillon télévisuel

Tandis que 2017 débute dans le froid et le stress, offrons-nous un tourbillon de douce folie, de légereté et de rire avec cet excellent téléfilm. Tournées en 1977, Les Folies Offenbach n’ont pas pris une ride, au contraire on reste stupéfait devant la jeunesse du propos, l’élan incroyable de ce récit. Au centre de cette série, Offenbach donc, que nous découvrons en plusieurs instants clés de sa vie, depuis ses débuts d’homme de spectacle jusqu’à son ultime composition, ces Contes d’Hoffmann si merveilleux et nostalgiques. Entre les deux défilent les grands succès, La Belle Hélène, La Vie Parisienne, La Périchole … et les figures hautes en couleurs qui croisent la route de ce diable d’homme.

Car Offenbach ne recule devant rien pour réaliser ses visions de créateur, cadrant en cela avec la hargne des capitaines d’industrie du Second Empire dont il n’hésite pas à moquer la bassesse d’esprit avec un humour mordant. Nous le voyons prendre en main son destin, investir dans des théâtres, découvrir de jeunes talents, composer, composer sans cesse, dans la valse frénétique d’un monde en mutation, accouchant avec bonheur et douleur de la modernité. Ne vous alarmez point, cette approche demeure en retrait, subtilement évoquée par le réalisateur Michel Boirond, désireux avant tout façonner un divertissement de qualité qui fasse rire et rêver. Et il y parvient sans mal, dirigeant avec virtuosité un panel d’acteurs stupéfiants, au milieu desquels trône un Michel Serrault absolument incroyable dans le rôle titre, drôle, rusé, lucide également sur la réalité d’une Révolution industrielle qui privilégie l’argent à l’intellect.

A ses côtés Claude Pieplu, André Thorent, Michel Roux, Jean-Pierre Darras, Christian Marin, Daniel Prévost et j’en oublie tant la liste est longue, ainsi qu’une Catherine Samie dévastatrice dans le rôle de Hortense Schneider, cantatrice incontournable et égérie du musicien, doublée d’une sacrée enquiquineuse, avec ses caprices de diva et ses coups de colère, mais inoubliable de grâce quand elle apparaît sur les planches. On explore par ailleurs le paysage artistique de l’époque, avec ses us, ses coutumes, ses rivalités et ses petits travers, ainsi que les arcanes du pouvoir, puisque Offenbach très régulièrement s’en approche, témoin cet épisode délirant où il s’invite ainsi que ses amis comédiens à Compiègne dans le cercle de l’empereur alors qu’il n’ y a pas été convié. La visite officielle tourne en cavalcade coquine, version désopilante mais tout aussi ravageuse de certains passages de Son Excellence Eugène Rougon de Zola.

Par delà ces grivoiseries et ces farces, demeure la musique du maître, inventive, inoubliable, amusement reconnu au du temps comme véritable chef d’oeuvre. La prolixité tourbillonnante d’Offenbach retient l’attention, suscite l’admiration et l’épuisement, car peu arrivent à suivre ce rythme. Nous apprécions sa hargne, rien ne le fait reculer, et c’est avec brio qu’il s’impose comme l’orchestrateur des plaisirs de cette époque à l’image d’un Molière bombardé maître des spectacles de Versailles. Bref autant raisons bonnes et délicieuses de parcourir ces six épisodes conservés avec un soin jaloux par l’INA qui justifie ici pleinement sa fonction de gardien du patrimoine télévisuel français.

Et plus si affinités

http://www.ina.fr/video/CPB88015599/les-folies-offenbach-e01-la-belle-helene-video.html

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