Fils de Sam : vertigineux et tripant

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Gros plan aujourd’hui sur un des fleurons de la collection « Murder ballads » propulsée par les éditions Ring. Fils de Sam nous entraîne dans le sillage d’un des tueurs en série mythiques des années 70 finissantes, David Berkowitz. « Le Fils de Sam », comme il se baptisera dans une des lettres qu’il adresse à la police et à la presse, va terroriser les rues de NewYork une année durant, assassinant à coup de revolver de brunes adolescentes et leurs petits amis, au hasard des rencontres. L’auteur de polar Michaël Mention se saisit du sujet pour relater d’une plume hystérique cette traque fascinante.

Il n’est pas le premier certes à revenir sur les crimes de ce serial killer et son ouvrage ; allure, descriptions, références littéraires, cinématographiques et musicales, le livre évoque le trépidant Summer of Sam de Spike Lee, Taxi Driver de Scorsese … Mais il se singularise néanmoins par la superposition des faits proprement dits avec les événements qui secouent les USA d’alors, entre guerre du Vietnam, conflits raciaux, misère galopante, Watergate, blackout électrique de NY et autres joyeusetés dont la société américaine a accouché dans de dramatiques convulsions. Mention relate ce contexte, y insérant le détail des meurtres et l’effet de panique provoqué dans une population déjà surchauffée par les tensions sociales et la canicule de cet été insupportable.

Multipliant les mises en abyme, il alterne ces passages avec les confessions fictives du tueur qu’on voit progressivement sombrer dans cette folie qu’il a prétextée pour expliquer ses actes, des confessions inspirées de ses propres aveux. Sataniste, possédé, drivé par le démon dissimulé dans le labrador noir de son voisin, Berkowitz a tout du schizophrène délirant … à moins que … à moins qu’il simule ? C’est la lecture qu’en donnera Stéphane Bourgoin, journaliste criminologue réputé, après l’avoir rencontré. A moins également qu’il ait été instrumentalisé par de douteuses fréquentations issues des sectes extrémistes qui pullulent à l’époque, en concurrence avec Charles Manson et sa Famille ?

C’est justement l’autre singularité de cet ouvrage que de croiser les pistes, de mettre en exergue ces groupuscules apocalyptiques, qui adorent les démons, sacrifient les bestioles, manipulent les esprits faibles, et servent à l’occasion les intérêts de la CIA en matière de guerre psychologique contre les gauchistes de tous poils, quitte à terroriser le bon peuple à coup de meurtres sériels totalement déments … Ici pas de preuve, des présomptions, des interprétations … N’empêche que, Berkowitz condamné à vie, l’enquête a depuis été rouverte pour mettre en évidence d’éventuelles complicités …

Fils de Sam vaut donc par son rythme syncopé, la cadence de l’écriture, sa vibration interne, tripante au possible, comme par la mise en connexion de ces strates de réalités, qui éveille forcément le questionnement. On glisse de l’inconscient du tueur aux soubresauts de la société à la perception d’un projet de fond beaucoup moins avouable, jamais formulé mais palpable. Des montagnes russes en somme, vertigineuses et addictives, qui s’appuient en sus sur une documentation précisée en intro et en bibliographie. On ressort de là galvanisé, shooté, et frustré, avec l’envie furieuse de plonger le nez dans les dossiers de l’enquête proprement dite, pour construire sa propre approche.

Et plus si affinités

http://www.ring.fr/livre/trailer.php/livre/fils-de-sam

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