Film : Molière ou la vie d’un honnête homme – Ariane Mnouchkine

120 comédiens, 600 participants, 1300 costumes, 220 décors, deux années de travail et quatre heures de film : il n’en a pas fallu moins à l’emblématique directrice du Théâtre du Soleil pour relater la vie de notre auteur national n°1. Pour le rendre attractif et humain. En faire l’icône de l’homme de théâtre par excellence, son essence même.

En 1978, la célèbre metteure en scène réalise ce projet fou avec dans le rôle titre un Philippe Caubère flamboyant entouré d’une troupe excellente. Précise en diable, Ariane Mnouchkine propose plus qu’une simple biographie : c’est la fresque d’un règne, celui du Roi Soleil, d’une Cour qui s’affirme, d’un pays en pleine ébullition, entre richesse et misère, Cour et fange, noblesse et peuple, qu’elle peint à chaque étape de cette existence vouée, sacrifiée au théâtre.

Un règne dur,  une période sans pitié, où devenir comédien relève du défi permanent et d’une prise de risque physique et sociale. Entre dépendance face aux puissants, fanatisme religieux, obscurantisme scientifique, le dramaturge et interprète évolue avec difficulté, s’il doute parfois, sa volonté est sans faille, et nous le voyons passer du bourgeois Jean-Baptiste Poquelin, tapissier du Roi, à Molière, comédien révéré mais précaire en charge des divertissements d’un souverain ingrat et manipulateur.

Avec à ses côtés ses camarades de scène, fidèles lieutenants dans cette révolution de l’écriture et du spectacle, l’avènement de ce qui deviendra le théâtre moderne, perçu comme une activité rétributrice, un travail, une mission et non plus une malédiction. Ces quatre heures sont plus qu’un portrait ou un récit historique : c’est un hommage à l’art, une référence absolue au théâtre de l’époque, mais aussi aux peintres et aux compositeurs du temps, aux auteurs contemporains de Molière, aux architectes et créatifs du classicisme à la française.

Alternant scènes comiques (la première fois où Molière lit une pièce de sa main à toute sa troupe) et passages poignants (la mort de l’auteur est un instant cinématographique saisissant), ce récit en images tient de l’épique, du picaresque, de l’aventure et du documentaire. On ne peut rêver mieux comme formation accélérée. Cela n’a pas pris une ride ! Mieux, nous trouvons ici une définition de ce qu’est l’engagement théâtral, la vocation artistique dans ce qu’elle a de plus vital, de plus urgent. D’irrésistible.

Et plus si affinités

http://www.theatre-du-soleil.fr/th-sol/films/moliere-present.html