Fiertés : de la nécessité d’être visible

Le 11 mai 2013, nous chroniquions Les Invisibles, le très émouvant documentaire consacré par Sébastien Lifshitz au statut homosexuel dans les années 60. Cette forme d’amour étant alors prohibée et punie par la loi, les homosexuels étaient contraints de la vivre en secret et dans la honte. Cinq ans plus tard, à un jour près, c’est de Fiertés dont nous traitons, presque comme une revanche. La mini série de Philippe Faucon débute en 1981, alors que Mitterrand s’apprête à devenir président., que la communauté défile régulièrement pour affirmer sa fierté, conquérir le droit de s’aimer à ciel ouvert.

C’est dans cette ambiance que Victor, 17 ans, rencontre Serge ; ils ont 20 ans d’écart, mais ils vont tomber amoureux, décider de vivre ensemble. Malgré le père de Victor qui tolère mal l’homosexualité de son fils, malgré la société qui peine à progresser, grâce aux évolutions légales qui d’année en année, ne font plus de cette orientation un crime. PACS, mariage, droit à l’adoption, le combat sera long, tandis que ces deux hommes bâtissent leur couple, en dépit du SIDA qui ronge Serge, avec en ligne de mire la volonté farouche de Victor d’adopter, de devenir père.

Avec sensibilité, pudeur, Faucon séquence cette vie à deux sur trois chapitres, entrecoupés par les crises du quotidien, les difficultés de communication, l’obligation de taire, de mentir, de feindre. Cet étouffement se transmet au spectateur, tandis qu’avec des mots simples, chaque personnage exprime ses peurs, ses doutes, ses convictions, son affection. Chacun a sa manière cherche à faire avancer les choses, qui en militant, qui en disant non, qui en agissant concrètement, selon son vécu. Samuel Theis (Victor) donne la réplique à Stanislas Nordey (Serge) pour retranscrire avec toute une palette d’émotions les joies et les peines d’un parcours semé d’embûches et de réussites.

Réussite professionnelle malgré la discrimination à l’œuvre, combat contre la maladie tenue à distance au prix d’un effort et de souffrances considérables, dialogue maintenu avec les proches qui doucement mais sûrement évoluent, acceptent, soutiennent (à ce titre le personnage du papa, Charles, interprété par Frédéric Pierrot, est touchant, tant il s’efforce de dépasser sa colère, ses refus, son incompréhension, agissant parfois maladroitement, mais toujours présent malgré tout). Et l’enfant, enfin, Diego, adopté, éduqué, aimé, que l’on voit grandir, devenir un jeune homme beau, impétueux, pétri des valeurs d’égalité transmises par ses parents qu’il adore.

Voici ces fiertés au pluriel, durement acquises, que même la mort ne pourra remettre en cause. C’est la morale qui se dégage de cette série solaire, qui chante la vie, l’amour, la conviction tranquille d’être dans le vrai, de ne point se renier, jamais. L’Histoire, le sociétal sont ici abordés via le microcosme d’une relation, comme une chambre d’écho intime, douce amère. Les protagonistes sont ô combien attachants car fragiles et forts à la fois, crédibles, nullement ostentatoires ou outrés, jamais caricaturaux. La narration est menée sans emphase, selon un ordre chronologique qui mise sur l’économie pour se focaliser sur les moments clés sans sacrifier l’atmosphère quotidienne, troublée ou enrichie par les changements qui s’opèrent.

Fiertés est à voir, à faire voir, comme une très belle œuvre, un récit poignant mais nuancé, un bel outil de sensibilisation.

Et plus si affinités

https://www.arte.tv/fr/videos/RC-014359/fiertes/

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire