FEUD Saison 1 : Bette vs Joan, odyssée d’une rivalité cinématographique

Explorer les grandes jalousies de l’Histoire moderne : voici le pari surprenant engagé par Ryan Murphy, l’initiateur d’American Horror Story, dans cette nouvelle série ô combien prometteuse. Lancée par FX, la première saison traite par le menu de la légendaire querelle que les actrices hollywoodiennes Bette Davis et Joan Crawford entretinrent leur vie durant. Tout les oppose : leur physique, leur manière de jouer, de concevoir leur, art, leur vie personnelle. Seuls points communs : leur détermination farouche, leur besoin de briller sans fin, leur solitude.

S’appuyant sur les ouvrages Bette and Joan : The Divine Feud de Shaun Considine et Best actresses de Jaffe Cohen et Michael Zam, Murphy, accompagnés de ces derniers, tisse une intrigue haletante, un biopic croisé à la fois terrifiant et émouvant. On saisit les deux comédiennes, véritables monstres sacrés du cinéma, au moment où leur carrière commence à décliner : la star de quarante ans se sait condamnée à l’exil progressif, le retrait dans des rôles mineurs, puis le chômage et l’oubli. L’une comme l’autre, refusant cet avenir lugubre, s’engagent dans le projet Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?

Aux commandes de ce petit film d’horreur qui deviendra un véritable chef d’oeuvre, un Robert Aldrich en quête d’inspiration et de reconnaissance. Aux finances le producteur Jack Warner qui, pour faire le buzz autour de ce tournage, va attiser la flamme des rancœurs entre ses deux vedettes. Tout comme leurs personnages respectifs de sœurs rivales, Bette et Joan vont se déchirer, se faisant les pires saloperies, les coups les plus vicieux. Cette guerre de tranchée durera par delà le tournage, jusqu’à la mort de Joan.

De la détestation, de l’admiration, tant de similitudes dans des parcours difficiles qui demandèrent des sacrifices insensés : pas de vie amoureuse stable, pas de famille solide et fidèle, peu d’amis, une lente destruction de soi-même via l’alcool, la cigarette, les excès en tous genres. Et toujours la dictature du succès, le besoin viscéral d’être adulée du public, quand doucement le physique, les capacités, le talent abandonnent l’individu. Au travers des huit épisodes, on découvre la dureté de l’industrie cinématographique, l’absence totale d’humanité, de pitié envers des interprètes qu’on jette comme des kleenex quand elles ne sont viables.

La misogynie du milieu saute aux yeux, intolérable. Elle ne laisse guère de choix à ces dames, sinon une compétitivité d’une violence absolue, entretenue par une presse à scandale prête à diffuser les pires ragots, les rumeurs les plus viles. L’art dans tout ça ? Malgré tout, il s’impose, le professionnalisme, l’exigence, la recherche, la précision. Mais à quel prix … Murphy et sa team, avec subtilité et un sens consommé du suspens, mêle ainsi le tracé de deux vies avec les réalités d’une époque, d’un secteur professionnel qui n’a que peu changé.

Sinon qu’aujourd’hui les actrices dénoncent ce traitement inique, réclament des rôles à la hauteur, un salaire convenable égal à celui des acteurs. Pour preuve Jessica Lange et Susan Sarandon, qui interprètent avec brio les deux héroïnes se sont par ailleurs impliquées dans la production de la série. Leur présence, leur prestance frappent le spectateur : elles exploitent ici les facettes peu glorieuses mais ô combien justes et pertinentes du vieillissement, de la haine, de la flétrissure morale et physique. A ce titre leur jeu est exceptionnel.

La suite du casting n’est pas en reste, Alfred Molina, Judy Davis, Jackie Hoffmann, Stanley Tucci, mais aussi en invités surprise Kathy Bates, Catherine Zeta-Jones, Sarah Paulson … ou John Waters, pour ne citer qu’eux. Tous font revivre les grandes heures d’Hollywood et sa triste réalité. On apprécie la qualité des décors, des costumes, un générique superbe, également une focale intéressante sur les métamorphoses du genre cinématographique : le succès de Baby Jane suit de peu celui de Psychose qu’Hitchcock eut tant de mal à produire. Alors qu’elles combattent pour la reconnaissance de leur art, Bette et Joan accouchent d’un nouveau type de cinéma, d’un style différent, innovant qui donnera de véritables merveilles, mais qu’alors on dénigrait. Rivales peut-être, elles furent surtout visionnaires.

Et plus si affinités

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