Féminicides, l’affaire de tous : Eve anéantie …

Sombre décompte que celui des femmes tombées sous les coups de leur conjoint. 2019 a vu cette tragique arithmétique envahir les réseaux sociaux, comme une prise de conscience aussi soudaine qu’insupportable. 149 victimes … qu’on aurait pu éviter, car les signaux faibles et forts se sont multipliés avant le geste fatal.

C’est le propos du documentaire Féminicides, l’affaire de tous que de pointer du doigt ces signaux. Autant d’indices qui devraient alerter l’entourage, les travailleurs sociaux, les forces de l’ordre, les institutions, l’appareil de justice. Car c’est désormais une évidence : il y a une montée au meurtre, une logique de la violence qui se construit en spirale, identique d’un cas à l’autre.

Des hommes possessifs, qui séduisent pour mieux dominer, s’approprient la femme comme un objet, lui dictent sa conduite, contrôlent sa vie, décident à sa place … puis la tuent quand enfin elle décide de partir. Les statistiques parlent d’elles-mêmes que la réalisatrice Lorraine de Fourcher met en évidence tout au long de son récit, dont une, effrayante : 80 % des plaintes pour coups sont classées sans suite.

Ainsi la voix de 80 % de femmes battues résonne dans l’ombre, sans que personne ne s’en préoccupe. Justice aveugle et sourde, car engorgée, et quelque peu machiste ? Au travers des cinq cas qu’elle aborde, la documentariste donne à voir une mécanique macabre, où la victime tombe sous la coupe d’une perversion faite homme, qui l’assujettit avant de l’écraser, de s’en débarrasser comme d’un sac d’ordures.

Pour finalement se suicider … ou bénéficier de la clémence des juges. C’est valable dans tous les milieux, à tous les degrés d’éducation pour l’homme comme pour la femme. Et c’est proprement inacceptable. Car la répétition de ce schéma d’anéantissement souvent prémédité évacue l’excuse du crime passionnel pour mettre en évidence la solitude des victimes, de leurs familles, de leurs enfants.

Et l’absence quasi-totale d’accompagnement de ces hommes dont on identifie assez rapidement la dangerosité mais qu’on laisse libres sans presque aucun contrôle, aucune prise en charge. Pourtant ces 90 minutes d’analyse, inspirées par une enquête particulièrement édifiante du journal Le Monde, donnent à voir un début de profil qu’on aimerait voir creuser, qu’il conviendrait de cerner avec autant de précision que ceux des tueurs en série. Quand intervenir ? De quelle manière ? Avec quels outils ?

L’urgence est là. Pour 149 femmes assassinées, combien d’inconnues ? Combien actuellement en marche vers leur supplice ? Dans l’indifférence généralisée ? Après deux mois de confinement où les violences familiales ont explosé à la faveur d’un enfermement sanitaire contraint, sans qu’on arrive à les chiffrer exactement ? Et dans une période où les intervenants manquent, où les subventions s’étiolent, où les gardiens de la paix sont plus employés à juguler les revendications sociales qu’à protéger la population ?

Résumons. Féminicides, l’affaire de tous, a pour vocation d’éveiller les consciences tout en posant les bases d’une éducation. Il y parvient avec autant de pertinence que de pudeur, sans pour autant rien cacher de l’abomination que représente le féminicide. Certes, nous sommes encore loin d’une prise en charge construite et efficace, rien ici n’indique que la crise à l’œuvre constitue une grande cause nationale pour les pouvoirs en place. C’est pitié et honte.

Mais dans le sillage des #balancetonporc et #metoo, les choses changent. Pour preuve, cette enquête diffusée en milieu de soirée (et qui aurait mérité un prime) et disponible en replay sur France2. N’en faites pas l’économie, cela pourrait sauver des vies.

Et plus si affinités

https://www.france.tv/documentaires/societe/1508307-feminicides.html