Exposition : Biennale de Lyon 2011 … beau, terrible et efficient.

Nous en avions eu un avant-goût avec l’exposition Les enfants terribles et les collants collector de Marie Antoilette. Et le reste est à l’encan : le cru 2011 de la Biennale n’a pas fait dans la dentelle. « Une terrible beauté est née » promet l’affiche aux portraits hybrides et multicolores. Le fameux vers du poème de Yeats donne son titre à la Biennale et « rassemble deux idées apparemment opposées – c’est cette contradiction productive qui nous intéresse ici » explique Victoria Noorthoom, la commissaire d’exposition qui explique ici sa vision :

Il faut croire que l’idée a plu ; la fréquentation est en hausse, la presse unanime, la ville mobilisée (Vedutta et Résonnances viennent compléter la Biennale officielle avec des œuvres d’art exposées en lieux public et l’implication de toutes les galeries de la ville), … et l’approche ambitieuse :

– le thème complexe de la beauté liée au sordide

– des artistes venus des quatre coins du monde

– des œuvres créées spécialement pour l’occasion

– des créations mises en dialogue esthétique

– des sites d’exposition gigantesques.

 

Tous les éléments sont donc ici rassemblés pour générer un évènement culturel d’envergure, … que j’ai arpenté bille en tête, mon petit ticket à la main, me concentrant sur les principaux sites. Vous connaissez déjà mon ressenti concernant Les enfants terribles. Pour le reste un sentiment très inégal, face aux travaux exposés.  Si je n’ai pas spécifiquement adhéré aux œuvres présentées par la Fondation Bullukian ou l’Usine T.A.S.E., l’ambiance de la Sucrière et du MAC Lyon m’a beaucoup plus impactée. Je zappe l’aspect sombre et sordide, inévitable avec pareille thématique, et la mixité des genres et des matériaux (l’utilisation de la laine notamment) pour privilégier d’autres constats :

– Il s’agit dans de nombreux cas de scénographies plus que d’œuvres, et si les formats classiques sont présents, certains artistes n’hésitent pas à transformer des salles entières, avec des installations lourdes qui déroutent et dérangent.


Ulla Von Brandenburg – Kulissen – 2011

Ce rideau d’entrée en lourd papier froissé accueille le visiteur comme dans un théâtre, on s’y perd, on y abandonne l’extérieur. C’est une rupture avec le monde extérieur, une passerelle avec un microcosme esthétique.

 

Barthélémy Toguo – The Time – 2011

Ces 55 cercueils, empilés contre un mur blanc, symbolisent les pays d’Afrique et leur état de délabrement.

 

Eduardo Basualdo – El silencio de las sirenas – 2011

Ce puits aux sirènes est teinte de sombre, l’eau y émerge et y reflue en une marrée saumâtre et tellurique, qui n’est pas sans évoquer la menstruation. Toute la salle a été adaptée pour accueillir une installation qu’on devine lourde et complexe.

 

 

– Ces créations avalent l’homme et le spectateur, lui font perdre ses repères, l’enferment, l’étouffent, le contraignent.


Laura Lima Puxador – [Pilares] 1998-2011

Un homme nu, harnaché, qui tire sur des sangles nouées aux piliers du musée. Au début, je n’ai vu que les sangles, tendues par saccade dans un bruit infernal. Découvrir cet homme sans défense tractant l’immobile a été un choc, je l’avoue. Une vivante incarnation du mythe de Sisyphe.

 

 

Michel Huysman – N° 84 – Le poisson

Ce gigantesque poisson évoque la baleine de Jonas, une fois fermé on se sait ce qui s’y passe. Un lit, un lieu clos, l’infini des possibles et l’impression d’être avalé vivant pour découvrir soudain la notion d’espace sacré et la réalité qui en découle.

 

 

Erick Beltran Nœud Perikhorein 2011

On y entre par en dessous, en rampant. L’intérieur est pénombre et quand les assistants commencent à la faire tourner, on a très vite le vertige. Cette mappemonde s’anime de l’intérieur, évoquant le tournis du consumérisme qui ravage le monde moderne

 

 

– Entre gigantisme et détails, ces œuvres sont à scruter à plusieurs niveaux, et déterminent une relation de distance et d’intimité mêlées avec le visiteur, qui est amené à faire beaucoup plus attention à ce qui l’entoure.


Robbie Cornelissen Het grote Geheugen X / The capacious memory – 2011

Réalisée à la mine de plomb, cette architecture peut être appréhendée à plusieurs niveaux. La fresque monumentale, se singularise par des détails qu’on découvre progressivement quand on s’approche.

 

 

Alexander Schellow – Storyboard – depuis 2001

Ils s’étalent sur la paroi blanche et rugueuse du mur, comme un puzzle. Des taches sombres de prime abord. Plus on s’approche, plus on les devine, puis les pénètre. Des scènes du quotidien, restituées en détail, par petite touche, dans un esprit qui rappelle fortement le pointillisme.

 

 

Cildo Meireles – La Bruja – 1979 – 1981

Un balai, des cheveux noirs d’encre, une matière épaisse qui crisse sous la semelle, envahit toute la surface gigantesque de la salle,  avale les chaussures, les pieds, sur laquelle on n’ose pas marcher.

 

– L’écrit, la lettre, le verbe, le langage en général sont omniprésents, avec des messages poignants et perturbants, qui remettent en cause la puissance de la communication et ses valeurs :

 


The Center for historical reenactments Xenoglossia 2010-2011

La xenoglossie désigne une affection rare qui survient quand le sujet parle ou écrit dans une langue qui lui est inconnue. Le collectif indépendant sud africain The center for historical reenactments s’est inspiré du thème en le mêlant à celui de la réincarnation, projetant ses idées sur ce long tableau noir.

 

 

Robert Kusmirowski Stronghold 2011

Difficile de ne pas penser à La Cité des enfants perdus et  Fahreneit 431 quand on découvre ce gigantesque fût et ce qu’il contient. Une exploration qui se fait en deux temps puisqu’on commence par appréhender l’œuvre de l’extérieur ; une paroi métallique rouillée aux fenêtres sales comme une gigantesque machine. C’est à l’étage que l’on peut observer l’intérieur de ce cirque post moderne. Des livres en pagaille, prêts à être incinérés …

 

 

Eva Kotatkova The Re-education Machine 2011

Là encore le livre est mis en question dans un univers de chambre de torture. Ou quand le savoir sert à dresser des citoyens obéissants et malléables. Ce sont des pans entiers d’une ancienne librairie tchèque qui ont servi à créer cette scénographie signée par cette pragoise qui a voulu montrer comment l’individu se retrouve piégé dans ces dépendances intellectuelles.

 

Vous l’aurez saisi, ma vision ne sera forcément pas la vôtre ni celle des artistes. Aussi le travail d’information et de communication actionné par les organisateurs de l’évènement est à saluer (le site web est impeccable et le nombre de vidéos et de contenus produits pour expliciter le propos est on ne peut plus appréciable ; un grand merci au passage parce que ça m’a beaucoup aidé pour finaliser cet article qui ne saurait être conclu sans ce dernier petit film qui montre les préparatifs de l’expo et met en perspective le travail phénoménal qu’ont demandé ces installations :

En bref, la Biennale ferme ses portes le 31 décembre, les vacances de Noël commencent bientôt. Pour ceux qui n’y sont pas encore allés, c’est une occasion à ne pas manquer de s’ouvrir les méninges et l’imaginaire.

 

Merci à la Biennale de Lyon pour les vidéos.

 

Et plus si affinités

http://www.biennaledelyon.com/

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