Elvis et Nixon : le roi et le président

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Alors que nos medias scrutent la course à la présidence menée à tombeau ouvert aux USA, le film Elvis et Nixon sorti au milieu de l’été revient sur une anecdote aussi rocambolesque qu’exacte qui éclaire d’un jour particulièrement étonnant le rapport entre image et pouvoir. Visualisez d’un côté un président charismatique mais en perte de vitesse, de l’autre un dieu vivant du rock ; tout les oppose … en apparence. Pourtant ils vont se rencontrer, dialoguer, s’entendre, se trouver des points communs, se servir mutuellement … et entretenir leur légende réciproquement. L’un, Richard Nixon, occupe le Bureau ovale et gère l’hyperpuissance américaine ; l’autre, Elvis Presley, est le King, le pilier fondateur du rock.

Initiée par ce dernier dans le but d’obtenir son badge d’agent du FBI tout en servant son pays dans la lutte contre la drogue et le relâchement des mœurs (un comble quand on connaît son parcours et ses addictions), cette rencontre a vraiment eu lieu et reste mythique. On ne sait pas ce que les deux hommes se sont dit ; il demeure une photo de leur poignée de main, sourire aux lèvres. La cinéaste Liza Johnson s’empare du sujet, s’inspirant des récits du conseiller de Nixon et de l’homme de confiance de Presley pour tisser cette fable succulente.

Succulente car drôle et poignante à la fois. Lequel est le plus puissant de la star ou du politique ? Lequel a le plus de volonté, d’impact ? De charisme ? De sensibilité ? Au final ces deux hommes sont seuls, complètement. Et coupés des réalités quotidiennes, enclos dans les cocons de la célébrité, enfermés dans leurs personnalités décalées, jouant de l’affect, soufflant le chaud et le froid émotionnel. En choisissant Michael Shannon dans le rôle du King et Kevin Spacey pour Nixon, la réalisatrice créée un duo où c’est le rockeur qui mène la danse, embobinant un dirigeant finalement heureux de se laisser faire.

Charmeur, sûr de lui dans son caprice, convaincu du bien fondé de sa démarche, un brin manipulateur et remarquablement psychologue, Elvis s’impose dans le bureau ovale, plus certainement que s’il avait été élu. Sa force ? Son aura auprès des femmes, des hommes, du monde. Sa réputation le précède, ouvre les portes devant lui, jusqu’au coeur du pouvoir, qui d’un coup semble bien inconsistant devant tant d’aisance et de faconde. Est-ce à dire que l’artiste toujours dépassera le prince ? L’idée n’est pas nouvelle, mais dans ce contexte elle est délicieuse et donne à voir autrement deux personnages historiques piégés par une image qu’il était temps de dépoussiérer.

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