Documentaire : Vampyres – Laurent Courau

Canines proéminentes, lèvres couleur de rubis, teint blafard : si l’on se réfère aux légendes et à Bram Stocker, le vampire est une sympathique petite créature nichée principalement dans la région des Carpates, elle n’a pas de reflet, boit le sang des vivants, peut se transformer en loup, chauve souris, rat, araignée, mène une vie sexuelle et affective des plus chaotiques, elle dort le jour dans un cercueil, est fatalement allergique au soleil, à l’argent, à l’ail, supporte difficilement le pieu dans le cœur et la tête tranchée (pour être honnête qui pourrait supporter ça ?) … ah j’oubliais le petit cadeau bonux, elle est morte vivante.

Pas exactement donc ce qu’il y a de plus facile à assumer comme pedigree et on ne compte plus les romans, BD et films qui ont conté en large et en travers leurs mésaventures. En règle générale, ce genre de récit ne donne pas spécifiquement envie d’adhérer au programme. D’où ma surprise quand j’ai découvert Vampyres, le documentaire de Laurent Courau. C’est une petite gothique qui m’en parle en octobre 2010 alors que je suis en train de réactualiser mes connaissances en matière de goth culture ; elle m’explique que son petit copain vient de paumer une canine en chahutant avec des amis et qu’il doit courir ventre à terre chez le prothésiste pour rééquilibrer la dentition perturbée.

« Plaît-il ? » Et la froufroutante demoiselle de m’expliquer le plus sérieusement du monde les déboires de son compagnon, ajoutant que c’est une mode « et d’ailleurs il y a un documentaire là-dessus ». Je passe sur les 10 minutes de fou rire en imaginant le pauvre vampire en unicanine, (désolée, j’ai pas pu m’empêcher), je rentre chez moi, j’ouvre l’ordi et je tombe sur le trailer du doc. Et là je ne rigole plus du tout. Car de légende, le vampire semble être devenu réalité. Des gens, des humains, comme vous et moi qui ont décidé de revendiquer leur vampyritude, le Y marquant leur particularisme par rapport à leur légendaire modèle.

Comme me l’apprendra le documentaire, ils sont partout : USA, France, Italie, Japon, … humains certes, affichant leur vampyrisme comme une nature profonde, une révélation qui a d’ailleurs permis à certains de s’insérer socialement, de quitter la délinquance, … ils ont des enfants, travaillent, s’organisent en clan, et tentent comme ils l’expliquent de reprendre le contrôle de leur être dans un monde formaté. En baladant sa caméra de boite de nuit en salon de tatouage, des rues de NY aux canaux de Venise, le réalisateur et son guide Luka Spira tentent d’appréhender les règles de ce monde, ses motivations, ses mœurs. Pas facile car les vampyres se laissent peu approcher et ne sont pas trop chauds pour dévoiler leurs secrets, notamment en ce qui concerne le grand tabou du rapport au sang.

La démarche de Courau n’a donc pas été aisée, et s’il laisse des questions en suspens, il dégrossit déjà pas mal le sujet s’arrêtant sur les divergences d’opinion entre vampyres modérés et extrêmes, vampyres de sang et vampyres psychiques, structuration des clans et des maisons, rapport entre hommes et femmes. Il explore également les parallèles avec la magie noire et la sorcellerie, les tueurs en série, tentant de cerner les singularités de ces communautés dont certaines s’organisent autour de codex très précis.

Le documentaire est prenant, le challenge journalistique évident, l’image belle. Le film date de 2007. 12 ans ont passé et quand arrive le générique de fin, on se demande ce qu’ils sont tous aujourd’hui devenus. L’occasion d’une nouvelle plongée ? On l’espère, … on l’attend …

Et plus si affinités

http://www.mondocourau.com/

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