COVID19 et autres fléaux : peut-on contrer l’apocalypse culturelle ?

Attentats, grèves, maintenant le COVID 19 … décidément la culture prend cher. Ce n’est pas nouveau. A la moindre guerre, à la moindre peste, il était coutumier pour nos ancêtres de boucler tout ce qui pouvait ressembler à une salle de spectacle, histoire de neutraliser la contagion, autrement plus virulente dans ces villes de la Renaissance où l’on ignorait l’hygiène, le tout à l’égout et l’eau potable. Shakespeare, s’il était encore parmi nous, pourrait en témoigner, qui vit son cher théâtre du Globe bouclé plus d’une fois, à la plus grande joie des autorités de la City londonienne, puritains fanatiques allergiques à cette diablerie dramaturgique, du reste accusée d’attirer les foudres divines, traduites par la dite épidémie. Un cercle vicieux, quoi …

Vous le constaterez donc, rien de changé sous le soleil, ou presque. L’humain est faillible, le Barde l’a chanté de pièce en pièce et il continuerait de le faire en observant nos contemporains. Consultez le hashtag #coronavirus, ses émanations, #Covid19 et autres expressions bourrées de fautes d’orthographe, vous serez édifiés ! La panique va son train, avec un nombre considérable de conneries et de plaisanteries douteuses à la clé, solidement enracinées dans une peur ancestrale de l’inconnu, et les ratées communicationnelles de dirigeants paumés entre les impératifs sanitaires et la préservation de ce qui nous reste d’économie. Première victime de cette danse hésitation, hormis les 3000 et quelques pèlerins claqués à ce jour au champ d’honneur de la lutte mondiale contre cette saloperie, la culture !

Quelles options à l’heure du confinement ?

Reports et annulations en masse : voici le quotidien des salons, events, concerts, sommets, expos et autres rassemblements, soumis à l’impératif de la quarantaine. Même la sortie du prochain James Bond a été décalée pour des jours meilleurs ; quant à Livre Paris, l’édition 2020 a proprement été rayée de la carte culturelle hexagonale. Deux exemples parmi tant d’autres qui annoncent des jours funestes pour un secteur du divertissement et de l’événementiel déjà boiteux à l’heure de coupes subventionnelles à la tronçonneuse. Quoi que … Les ventes du roman de Camus La Peste ont explosé, dixit Edistat ; idem pour le visionnage de Contagion de Soderbergh, propulsé au pinacle des téléchargement iTunes. Resterait-il de l’espoir ??? Avec un peu d’imagination ???

En effet :

  • Quelles perspectives culturelles pour le pauvre gars confiné dans son appart depuis une semaine ? Ne vous marrez pas, c’est le cas d’une de mes élèves, je l’ai eu en ligne ce matin, c’est rien de dire qu’elle craque … alors quid des chinois cloîtrés chez eux depuis le début de l’année ou presque? Je vous laisse imaginer, et si vous n’y arrivez pas, regardez l’excellent documentaire Pékin : journal d’une quarantaine de Sébastien Le Belzic sur ARTE, cela devrait éclairer votre lanterne.

  • Quelles options pour les pros de la culture qui ne savent plus à quel saint se vouer devant l’acharnement des dieux et de la Nature? Comment rebondir, continuer à créer et diffuser quand les lieux ferment, les events sont annulés, qu’il faut rembourser artistes et spectateurs, jongler avec les assureurs et les financeurs ? Et finalement mettre la clé sous la porte faute de subsides ?

Oser le potentiel digital

Il est peut-être temps de se tourner vers le potentiel digital, non ? Qui a du reste fait ses preuves, dixit le succès de la VoD, Netflix qui a bouleversé l’industrie cinématographique, ouvrant la porte à des concurrents féroces comme Amazon Prime, relançant une créativité en perte de vitesse car freinée par des studios de prod aveuglés par la rentabilité ? Dans ce créneau, on trouve également des acteurs comme l’INA, qui restitue nos chères archives télévisuelles ou UniversCiné, spécialisé dans les films indés … comme quoi tout espoir n’est pas perdu, et si l’on déserte les salles obscures, on peut récupérer le coup, provisoirement en tout cas, via ces nouveaux vecteurs de diffusion … Idem en ce qui concerne la lecture, avec le téléchargement de versions Pdf en ligne, des acteurs comme Youboox … Rebondissons sur les expositions virtuelles, dont nous avons déjà chroniqué l’usage par la BNF ou la Cité de l’Architecture, le musée de la SACEM … le développement de festivals en ligne comme MyFrenchFilmFestival … il y a de quoi faire … avec succès, et une chance supplémentaire de fidéliser des fans éperdus par le spectre de la maladie.

Ce n’est pas très « spectacle vivant », objecteront certains ? Quid alors des happenings de la cyberdramaturge Annie Abrahams ? Et de manière moins expérimentale mais remarquablement efficace :

  • des plateformes dédiées au théâtre, par exemple l’anglo saxon DigitalTheatre qui propose de visionner des spectacles à la demande sur le principe de la VoD ? Une déclinaison numérique du théâtre dans son fauteuil à la Musset, mais monétisable … et que n’importe quelle troupe pourrait mettre en application, au final …

  • du live streaming qui fait fureur en Chine, avec dernièrement la création des Stay at Home Strawberry Concert Series boostées par le festival Strawberry Music en partenariat avec Bili Bili ; l’occasion de diffuser les lives du festival avec l’interactivité des commentaires des spectateurs pour faire vibrer tout ça. Et que dire de la cloud rave du club One Third qui a mobilisé 1,2 millions de teufeurs par la magie de TikTok, et permis au producteur d’exploser ses bénéfices (merci au passage à Manon Chapuis pour son bel article sur Touslesfestivals.com) ?

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De l’espoir, il y en a donc, des pistes à explorer, des jungles à défricher, des nouveaux usages à inventer … au plus vite. Des pandémies, nous allons en avoir d’autres, les scientifiques s’accordent sur ce point. Pour tenir, il faudra se vider la tête, s’enrichir l’esprit. La culture sera aussi importante alors que les traitements médicaux. Et si internet nous lâche ? Nous n’aurons plus qu’à prier.