Comme les rois mages : Hommage à Ustad Mohammad Omar, Sultan du rubab afghan

Vendredi 13 décembre à 20h30 à l’Auditorium du Musée Guimet

Cette fois-ci, aucune femme à l’horizon. Ni chanteuse, ni musicienne, ni, encore moins, vous pensez bien !, de danseuse. Un élégant trio de rubabistes (Daud Khan Sadozaï, Kengo Saito et Efren Lopez), épaulés par un champion du tabla (Yama Karim), nous a annoncé la bonne nouvelle qu’est la trêve des confiseurs et offert en prime, en bonus, en cadeau, un concert mémorable, au son persistant rappelant par endroits celui de notre bon vieux clavecin.

Un clavecin plus pratique à trimballer, sans doute, que le rubab (رُباب), un instrument à cordes millénaire issu du luth, spécifique de la musique classique afghane. Trois cordes mélodiques accordées en quartes, trois cordes harmoniques et une douzaine de cordes de résonance, plus ou moins « sympathiques », produisent, par les allers-retours du plectre, toutes sortes de variations sonores, du coup le plus sec au plus arrondi, de la fréquence la plus aigre à la plus voluptueuse, de la sinusoïde limpide à l’effervescence impromptue. C’est que tous ces cordages, ces jeux de clefs, ces frotti-frotta, ces chocs climatiques entre, d’une part, l’atmosphère humide de ce vendredi 13 et, de l’autre, les feux de la rampe de l’Auditorium finissent par détonner !, sans rigoler. Les trois joueurs de gratte et même le percussionniste passent donc une bonne partie de leur temps à réaccorder leur capricieux outil de travail.

Ceci dit, la qualité musicale était du plus haut niveau. Les deux jeunes rubabistes Kengo Saito et Efren Lopez nous ont peut-être semblé un peu en deçà, intimidés, il y a des chances, par le jeu de maître Daud Khan Sadozaï, lui-même disciple du légendaire Ustad Mohammad Omar à qui était dédiée la soirée. Après un tour d’échauffement, celui-ci a effectivement multiplié les prouesses techniques, enfilé comme des perles des phrases mélodiques ressassées des années durant mais semblant surgir spontanément, changé moultes fois de tempo en cours de route, ce avec la complicité de son excellent joueur de tabla. Kengo Saito a débuté au sitar, donnant de l’écho et de la profondeur au propos du chef de l’orchestre de chambre, avant de passer au rubab proprement dit. Efren Lopez a fait une démo d’azeri tar, un objet en forme de guitare mais avec un son typiquement azri ou, disons… acéré ; enfin, le jeune homme a eu plus d’aplomb et de répondant à l’oud, face aux broderies afghanes de M. Sadozaï.

Vers la fin du gala, ce dernier a sorti de derrière ses fagots un sarod bengali, un rubab sans frettes ou à touche lisse, recouverte d’une plaque argentée, briquée au Mirror, permettant au musicien de passer d’une hauteur de son à l’autre dans la continuité. De subtils effets de bend créent un vibrato, un slide ou un glissando qui rappelle un peu celui du bottleneck dans la guitare folk américaine. Ces effets, soit dit entre parenthèses, peuvent être accentués à gogo par l’adjonction d’un résonateur ou tumbâ camouflé sur la face dorsale du manche de certains modèles de sarod. Ce qui n’était ni nécessaire dans le cas présent.

Il va sans dire que les trois mousquetaires ont été rappelés par un public ravi.

Et plus si affinités

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