Collège des Bernardins – Biennale du divers : l’Homme au centre du débat

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Samedi 11 Juin 2016 : les voûtes du Collège des Bernardins résonnent de voix en écho, de bruits de pas, … Aujourd’hui, c’est le lancement de la première Biennale du divers. Dix heures de spectacles, de débats, d’échanges, de lectures qui mêlent théâtre, musique, cirque, danse, performance, poésie, cinéma. Toutes ces manifestations questionnent l’Homme, au travers des problématiques de la diversité et du dialogue. Avec un axe majeur, répété d’intervention en intervention : notre force vient du dire.

Avec le corps, avec le visage, la voix ou le coeur. Dire. Dire la joie, la peur, la souffrance, l’amitié ou le rejet. Dire les différences et leur ineptie. Dire les chagrins et les bonheurs. Dire et transmettre. Partager. Réaliser que nous possédons cet héritage mutuel d’émotions communes que n’efface aucune différence, de génération, d’appartenance sociale ou culturelle. Nous sommes des humains, souffrant, questionnant, compatissant, … et parfois heureux. Parmi toutes les performances qui investissent ce monument, deux captent notre attention, par leur originalité, leur force, et leur mode d’expression.

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Carré curieux : Entre nous !

Ils sont deux, ils sont belges et portent haut l’étendard d’un cirque vivant. Gert De Cooman et Kenzo Tokuoka plantent leur mât libre sur le parvis du Collège pour y interpréter une version adaptée de Entre nous ! Un duo où ils doivent à la fois danser, jongler, virevolter, acrobates, équilibristes et virtuoses, traduisant la fluctuation des sentiments par tout un jeu de figures qu’ils ne peuvent accomplir l’un sans l’autre. Entre nous ! Est avant tout le fruit d’une complémentarité nécessaire, sans laquelle le numéro ne peut s’accomplir : chacun doit contre balancer le poids de l’autre pour faire tenir ce mât dans une stabilité à géométrie variable … comme les émotions qui traversent un couple, d’amants, d’amis, de cousins …

Quelles relations unissent ces deux garçons, qui sont à la fois dans le ludique, la plaisanterie, l’affrontement, l’émulation ? Complices, compères ? Frères ? Chacune de leur figure interroge le jeu subtil des sensibilités, met en évidence la reconfiguration constante de nos rapports à autrui. C’est cette souplesse perpétuelle, teintée de tendresse et d’humour qui jaillit de chaque exercice pour mettre en lumière la complexité de nos relations. Rien n’est figé, semblent nous dire les deux virtuoses, avec un sourire malicieux, à la fois amusé et nostalgique.

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Mohamed El Khatib : Finir en beauté

Quittons la lumière de l’extérieur pour gagner les combles, une salle sombre où l’auteur et homme de théâtre Mohamed El Khatib va nous parler de la mort de sa mère. Avec un humour, une émotion, une lucidité rares. Et une pudeur sans pareille. S’appuyant sur des témoignages, des enregistrements, des échanges de mail, des documents officiels, l’auteur questionne la douloureuse problématique des racines, familiales, culturelles, mentales, émotionnelles. Cette mère qu’il aime tant ne parle que peu le français, ne comprend guère ce que lui dit le médecin, …

Agonisante, elle cristallise tous les écueils de l’intégration, la valse des rejets et des replis identitaires, la volonté farouche de s’arcbouter sur ses racines et son patrimoine quand sa patrie d’accueil se montre chiche de partage et de compréhension. Le discours est dur, sans affectation mais sans pitié non plus. Le deuil va au delà de la perte d’un être chéri. Il embrasse celui d’une identité à définir, la césure imperceptible et tenace entre les différentes générations qui s’intègrent à leur manière, tout en tentant de préserver des origines qui servent de repères. Les mots sont d’une justesse, d’une simplicité réconfortantes … en racontant sa mère, El Khatib nous amène à apprivoiser la peur, la mort, sans occulter ces questions de la mémoire dont nous dépendons tous.

Entre ces deux prestations trompeusement contradictoires, viennent se nicher toutes les autres. Mais situées à ces deux extrêmes stylistiques, Entre nous! Et Finir en beauté contiennent l’essence même de la Biennale du divers : placer l’Homme au centre du débat. Avec originalité, force et dignité.

Et plus si affinités

Pour en savoir plus sur la Biennale du divers, rendez-vous sur le lien :

https://www.collegedesbernardins.fr/content/biennale-du-divers

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