Collection de l’Abbaye d’Auberive à la Halle Saint Pierre : Esprit singulier, es-tu là ?

Halle-St-Pierre-Affiche-Sans-logoBD

Ma première visite à la Halle Saint Pierre, je l’ai faite en été, dans la chaleur lumineuse et polluée du mois d’août 2012. L’exposition s’intitulait Banditi dell’arte, elle parcourait l’art brut italien, et j’en suis ressortie à genoux. Les salles étaient vides ou presque, le parisien moyen ayant fui vers les plages, tandis que le touriste ignorait savamment le lieu, lui préférant les grands monuments transformés en parcs d’attraction.2016 : une nouvelle période estivale s’amorce avec ses migrations, ses départs, l’abandon progressif et salutaire de la grande ville. L’heure est venue de revivre cette solitude artistique avec L’Esprit singulier.

20160329_115745

Inauguré fin mars de cette année, cette exposition donne un aperçu des richesses de la collection de Jean Claude Volot, dite de l’Abbaye d’Auberive. Encore une collection privée donc, initiée par un grand entrepreneur, qui oublie un instant son statut de capitaine d’industrie en se plongeant dans la ruée vers l’art. Pas n’importe lequel puisqu’il mise sur l »outsider, le singulier, cette forme d’expression qui ne cadre avec aucune définition, joue volontairement les trouble fête. Prise de risque à chaque investissement pour certains, choix du coeur et de l’âme pour d’autres : sur plus de 2500 pièces acquises en 30 ans, la directrice de la Halle Saint Pierre, Martine Lusardy, a privilégié 600 oeuvres produites par 70 artistes.

20160329_115733

Objectif : évoquer ce qui fait l’esprit singulier de l’art, ce qui le distingue de l’académisme, des courants officiels définis dans les encyclopédies, ce refus d’appartenir à une chapelle stylistique, de jouer les indés, les marginaux. Seul fil directeur, le regard du collectionneur, qui fouille, repère, compare, achète, entrepose, trie, selon ses critères propres, son vécu, ses affinités. Côte à côte les clichés baroques et macabres de Joel-Peter Witkin,, la peinture de Robert Combas, les détournements de gravures de Guillaume Dégé, les dessins de Guy Harloff ou d’Hélène Lagnieu, les autoportraits de Pierre Molinier, …

20160329_120850

Le champ des origines géographiques, des périodes, des supports est vaste, sans jamais tomber dans l’excès ou le voyeurisme. Ici la provocation est subtile, le trait toujours précieux, il faut observer les détails, certains tracés, le velouté d’une nuance, une perspective, les cadrages, le choix de matériaux … tout invite à la lecture, à la contemplation, à l’étude. Chaque tableau veut être fouillé, inspecté, … Exemple frappant : les maquettes de Ronan Jim Sevellec, plongées dans la pénombre de la salle basse, à peine éclairées, d’une précision quasi naturaliste jusque dans les salissures des fenêtres, la vapeur des bains, … fasciné par cette restitution, le spectateur se retrouve voyeur.

20160329_120107

Cela confine à l’intolérable devant les hallucinantes Les trente-six façons dont Jésus aurait pu être exécuté détaillées avec la minutie des miniaturistes par une Murielle Belin visionnaire et apocalyptique. Tout aussi dérangeantes, les tapisseries éclatantes et sanglantes de Stéphane Blanquet accrochent la lumière diffusée par la verrière du toit pour donner à voir la décomposition de l’être d’une manière presque charnelle, qui évoque la fascination d’ « Une charogne » de Baudelaire. Histoire de rencontre mentale plus que de choc visuel : L’Esprit singulier appelle une visite lente, recueillie, la quiétude d’une solitude monastique pour être pleinement goûtée et appréciée. Voici l’heure estivale d’en profiter.

Et plus si affinités

Pour tout savoir sur l’exposition L’Esprit singulier, rendez-vous sur le site de la Halle Saint Pierre :

http://www.hallesaintpierre.org/2016/04/20/lesprit-singulier/

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.