Chili : le juge et le général

Les événements qui secouent le Chili depuis plusieurs semaines ne vous ont peut-être pas échappé. Manifestations monstrueuses, répression ultra-violente, tirs à balles réelles, arrestations arbitraires, rumeurs de tortures … le hashtag #Chili permet de suivre presque en direct les secousses sismiques du pays via Twitter … et de constater de visu la brutalité sidérante de la réponse policière.

Comme de capter certaines analyses, qui explicitent la chose en soutenant que les corps policiers et militaires du pays n’ont jamais été purgés après l’ère Pinochet et la dictature instaurée en 1973 dans des flots de sang. Si on en doutait, le visionnage du documentaire Chili : le juge et le général corrobore effectivement cette approche. Et donne à voir une société sur le fil du rasoir.

Nous sommes en 2008. Les réalisateurs Elisabeth Farnsworth et Patricio Lanfranco décident de suivre l’enquête du juge Guzman chargé de remonter la trace des exactions policières de la dictature pour pouvoir ensuite instruire le procès de Pinochet. Un véritable défi car rien ne subsiste du règne de terreur mis en place après le coup d’état. Tout a été fait pour effacer les corps des victimes, les lieux où on les a interrogés et retenus.

Patiemment et avec autant de ténacité que de conviction, Guzman explore chaque piste, fait exhumer et expertiser les dépouilles des opposants politiques qu’on soupçonne d’avoir été assassinés par les escadrons de la mort. Tranquillement, les preuves s’accumulent, jusqu’à la mise en accusation, une saga qui portera d’abord sur la question de l’extradition vers l’Espagne puis sur la levée de l’immunité parlementaire.

Rien n’aboutira, Pinochet décédant avant la mise en place du procès. De peur que sa tombe soit profanée, il sera incinéré, rejoignant dans l’anonymat les milliers de personnes raflées et torturées à mort sur son ordre. Les témoignages des rescapés parlent d’eux-mêmes, ainsi que les restes retrouvés ça et là dans le pays. Mais ce n’est pas la seule valeur de ce film. Autre chose transparaît : la scission profonde de la société chilienne.

Si beaucoup ont vécu ce traumatisme dans leur chair, martyrisés ou ayant perdu un proche, d’autres ignorent tout de la chose, refusent de la prendre en compte. Guzman en fait partie ; fils de notables, éduqué dans une famille de militaires, il était promis à une carrière de haut fonctionnaire ou de diplomate. Jamais il n’a saisi l’ampleur des massacres, n’en réalisera la portée et l’horreur que des années plus tard, en ouvrant cette enquête.

Il constate alors que nombreux sont les chiliens qui se félicitent de cette extermination, préférant les affres d’un régime dictatorial fort et barbare plutôt que la solution socialiste portée par Allende. Le sort des victimes, souvent jeunes, leur est indifférent. En visionnant ces images, on mesure mieux ce qui se passe actuellement dans ce pays crucifié dont les plaies se rouvrent après 30 ans d’une démocratie qui n’a pas voulu nettoyé ses écuries d’Augias.

Et plus si affinités

https://boutique.arte.tv/detail/chile_juge_general

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