Chantier des Francos : l’école 5 étoiles de la scène française

Le Chantier des Francos travaille depuis 18 ans, à l’ombre du méga-festival éponyme (Les Francofolies de La Rochelle) à faire éclore les meilleurs espoirs de la scène française. Présentation d’une impeccable et implacable formation avec Emilie Yakich, directrice du Chantier.

Quand on pense aux Francos, immédiatement viennent en tête un nom (Jean-Louis Foulquier) et des images. De nombreuses images. Celles des deux tours – de la Chaîne et de la Lanterne – encadrant la scène mythique Saint-Jean d’Acre, celle d’une mer omniprésente qui marie sa mélopée aux cris des mouettes, des files d’attente d’un public rieur qui serpentent le long d’un port écrasé de soleil. Au festival des superlatifs, les Francofolies de La Rochelle se positionnent très certainement dans le Top Five. L’an passé, pour la 32ème édition de la manifestation furent atteints des chiffres astronomiques : 86 concerts, 374 artistes et musiciens sur 6 scènes furent applaudis par 145 000 festivaliers.

Derrière l’incontestable succès de ce festival qui résonne fort seulement cinq jours dans l’année dans la cité maritime se cache un autre projet tout aussi ambitieux : le Chantier des Francos qui cette année fête sa majorité. Émilie Yakich, directrice exécutive du Chantier, nous en explique la genèse:

« À l’origine des Francofolies se trouve Jean-Louis Foulquier, animateur depuis près de 20 ans à France Inter et accompagnateur de jeunes artistes tels Hubert-Félix Thiéfaine, Jacques Higelin, Bernard Lavilliers au moment où il se lance dans l’aventure d’un festival en bord de mer. Dès la première année du festival, il a programmé Les Rita Mitsouko, alors inconnus à l’époque. Il aimait la découverte d’artistes qui n’ont pas accès aux mass-médias, qui ont des tronches. Avec ce festival il poursuivait alors son repérage de chanteurs un peu en marge. Au bout de 10 ans de festival, il a expérimenté sous une forme balbutiante le Chantier qui a pris vraiment toute sa dimension en 1998. »

Associé à Philippe Albaret (aujourd’hui directeur du Studio des Variétés) Foulquier a donc imaginé il y a 18 ans une pouponnière d’artistes en devenir permettant aux artistes découverts à la radio de recevoir petits conseils et autres astuces avant leur entrée dans l’arène hyper-médiatique qu’est le festival. Ensemble ils développent la pédagogie du Chantier faîte de nombreuses sessions de coaching.

« Contrairement au théâtre et à la danse qui sont des arts très structurés en terme de formations, l’auteur-compositeur-interprète est souvent un artiste libre à qui on ne dicte pas ce qu’il a faire. Sans mauvaise caricature l’artiste rock incarne ce sentiment extrême de liberté et d’indépendance. L’idée du Chantier des Francos est donc de coacher, orienter, conseiller les jeunes artistes en leur expliquant en préambule que c’est eux qui gardent la main sur le processus artistique. En fait, nous sommes juste un miroir d’eux-mêmes. On vérifie qu’il y a bien adéquation entre ce que l’équipe du Chantier ressent comme émotion et ce que l’artiste veut faire passer comme émotion à son futur public » explique Émilie.

Composée de 25 coachs issus de la filière musicale, tous au service de l’artiste, la formation s’articule autour d’une seule question fondatrice : qu’est-ce qui monte sur scène ? Un individu, une voix, un corps, une interprétation. L’accompagnement intensif, sous forme de sessions de travail coachées, est donc articulé autour de tous ces éléments à travailler, à polir. Des parcours à la carte peuvent se dessiner selon l’endroit où se trouve, sur le moment, les artistes. L’objectif visé étant bien sûr l’insertion professionnelle par la scène, avec ses temps de diffusion en cohérence avec l’avancée professionnelle de chaque projet.

À programme alléchant, candidatures nombreuses. Pour la session 2017, ce furent exactement 352 candidatures reçues. 16 artistes chanceux furent retenus à l’issue d’un séminaire réunissant toute l’équipe des Francos et d’anciens artistes passés par ce coaching. And the 2017’s winners are : After Marianne, Agar Agar, Ariel Ariel, Barbagallo, Fiona Walden, Inüit, Juliette Armanet, Nusky & Vaati, Octave Noire, Palatine, Part-Time Friends, Pi Ja Ma, Rakia, Teme Tan, Therapy Taxi, Voyov.

Issus d’univers fort différents – chanson française, électro, pop, rock – certains auteurs chantent uniquement dans la langue de Molière quand d’autres se plaisent à la marier à l’anglais. Franchement Franco tout ça ? Émilie s’explique :

« Il y un vrai retour aux textes français toujours sous l’influence d’un son anglo-saxon. Je vous invite à vous rendre sur http://unechansonsousinfluence.fr pour prendre la mesure du phénomène. Il faut aussi savoir que dans l’histoire du festival, Jean-Louis Foulquier a accompagné l’émergence du hip hop dès 1997, puis de l’électro. Le festival ne s’est jamais limité à la seule chanson française. Ce qu’il souhaite défendre bien plus que la francophonie et l’expression en langue française c’est surtout la scène française dans sa pluralité. »

Et c’est cette jeune et belle pluralité qui est à découvrir depuis le 27 janvier au Chantier des Francos, ancien hangar à bateaux au pied de l’Atlantique. Tous les 15 jours 3 artistes y joueront quelques titres dans leur production naissante. Souhaitons-leur de connaître le même parcours que ceux passés précédemment par-là: Cali, Souad Massi, Pauline Croze, Cascadeur, Rover, Zaz, François and The Atlas Mountains, Feu! Chatterton. Ou encore une certaine nantaise, Christine and The Queens, qui depuis ses classes rochelaises, en septembre 2011, connaît une gloire mondiale inarrêtable.

Et plus si affinités

http://www.francofolies.fr/le-chantier/les-artistes_copie/les-missions