Le Cargo – Faustin Linyekula : des ponts et dé(s)marches

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on PinterestShare on LinkedInShare on RedditShare on TumblrBuffer this pageShare on StumbleUponEmail this to someonePrint this page

Suite à la nomination de Faustin Linyekula comme artiste associé à la ville de Lisbonne en 2016, plusieurs programmateurs français ont souhaité revoir des pièces emblématiques de ce danseur, chorégraphe, metteur en scène. Cest le cas de Valérie Baran la directrice du Tarmac qui proposait donc dernièrement la reprise de ce solo créé en 2011, Le Cargo. Un solo toujours dactualité même si le voyage à Obilo qui en est à lorigine nest plus lui de mise, les réflexions sous-jacentes restent présentes comme des compagnes évidentes.

Cest accompagné de deux livres et dun tabouret en bois que Faustin Linyekula entre sur le plateau. Sa marche lente et régulière nous invite au voyage, à parcourir avec lui les sensations et émotions qui le meuvent depuis toujours et là plus particulièrement, avec Le Cargo, celles liées à son retour à Obilo, un village situé à 80 kilomètres de Kisangani, dans lequel petit, il se rendait avec sa soeur. Vêtu dun pagne et dun tee-shirt, ce corps conteur dhistoires savance jusquau public. Demblée dans cette simple marche, la frêle silhouette de lartiste congolais dit autant la féminité et la masculinité, que lenfant et ladulte.

Faustin Linyekula convoque vivants et morts, la danse, celle qui lui était interdite enfant, ainsi que son cheminement artistique intrinsèquement lié à son pays le Congo, à tout ce qui sy est passé et sy passe encore. Il sentoure de personnages aperçus à loccasion dans dautres créations. Il y a Kabako (du nom des Studios quil a créés au Congo), Vumi et Papa Rovinsky. Trois personnages émanant autant de la fiction que de la réalité. Des personnages permettant de mettre à jour, les évidences, les incongruités, les décalages, les peurs et joies. Revenir à Obilo cest pour Faustin Linyekula revenir à lenfance, à soi, à ce qui le constitue. Cest aussi interroger cette capacité à raconter des histoires petites et grandes, à leur donner corps. Faire entendre et résonner une voix tout simplement qui tente de sinscrire dans ce qui parait être un chaos inexorable.

Assis sur son tabouret à hauteur du public, les bras croisés en suspend lhistoire du retour commence. Les interrogations, les anecdotes se succèdent pour faire entendre autant la petite que la grande histoire. Celles-ci se mêlent bien évidemment avec force et élégance. La voix de Faustin Linyekula est douce et posée. On entend chacune de ses paroles, chacun de ses mots avec émotion. Si nous ne connaissons rien de lhistoire de ce pays et/ou de cet artiste, ce dernier nous y fait entrer avec beaucoup de pudeur et de détermination. Il y a ce frère mort de la peste, maladie dun autre temps comme il le souligne, il y a la maison du père, le train qui le conduit au village et ces danses interdites qui suscitaient bien sûr la plus grande curiosité. Autant de moments de cette enfance perdue et retrouvée au fil des créations, convoquée de manière plus ou moins lointaine. Cette enfance constitutive de lartiste qui le pousse à chercher, à interroger, à confronter.

https://youtu.be/2t5dGpd4y0o

Quil soit face à nous à conter, à chanter (avec une incroyable voix), ou bien dansant dans une diagonale lumineuse ou encore dans un cercle de projecteurs qui parait au départ interdit à la danse et dans lequel il sinvite au cours du spectacle, Faustin Linyekula engage tout son corps, toute son histoire. Les notes de guitare de Flamme Kapaya Jamos, les percussions dObilo et les bruits dambiance du village donnent aux pas et aux verbes du chorégraphe, un relief exceptionnel. Nous sommes autant que lui dans ce village, nous participons autant que lui aux questionnements quant à un pays où tout parait vain, nous entrons autant que lui dans le cercle de danse qui transforme et dont on ne ressort pas tout à fait les mêmes. La danse de Faustin Linyekula est habitée par son histoire et toutes ces questions : comment revenir à soi ? dans ce pays de guerres et de sang ?

Ce petit corps mince dégage une force qui donne une puissance à son propos. Rien nest anecdotique ou futile. Que ce soit au début du spectacle lorsque les deux livres lui tombent des mains ou à la fin lorsquil nous laisse avec un diaporama de photos du Congo sur son ordinateur quil a délicatement posé sur le tabouret, Faustin Linyekula voit grand. Et ce avec peu de choses. Quand bien même il nous apparaît évident que son parcours na pas été facile et que voir son pays dans tant de difficultés, ne peut quappeler à la révolte, on perçoit clairement lenvie de lartiste de continuer de raconter des histoires, de faire part de la grande et de la petite au plus grand nombre et de continuer à sinterroger inlassablement sur sa pratique dans un contexte quel quil soit.

Faustin Linyekula est un artiste engagé dont la danse ne fait qu’élargir son propos et lui donner corps. Cest pour cela que lon est touché par Le cargo dans lequel il nous embarque. Les frontières entre lui et nous deviennent finalement poreuses même si le contexte est difficile. Partager cette histoire ne participe-t-il pas à la rendre plus légère et continuer davancer ?

Et plus si affinités

http://www.kabako.org/creations/le_cargo.html

http://www.letarmac.fr/la-saison/spectacles/p_s-le-cargo/spectacle-110/

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on PinterestShare on LinkedInShare on RedditShare on TumblrBuffer this pageShare on StumbleUponEmail this to someonePrint this page

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire