Arbo, artiste sélect au Sélect

À l’occasion des fêtes de fin d’année et jusqu’au 7 janvier 2017, Le Sélect, café historique de Montparnasse ayant gardé le sens de l’accueil, le goût pour la chose artistique et, ce qui se fait plus rare qu’on ne croit, son charme d’antan, a présenté dans plusieurs de ses salles du rez-de-chaussée une exposition du peintre Arbo ayant pour thème le Paris des années 20. Touchons-en un mot.

Ligne claire

Si l’on considère le résultat affiché, les figures anthropomorphiques, tout aussi animales que vous et moi, quelquefois plus – on pense à la thématique de l’ours sous toutes ses formes, de l’”objet transitionnel” qu’est l’ourson, le nounours ou le Teddy Bear au “symbole de la biodiversité”, pour parler comme Michel Pastoureau, voire à celui d’une nation comme la Russie –, les influences d’Arbo percent de-ci de-là, qu’on le veuille ou non. L’actualité de sa rétrospective au Grand Palais nous incite à mentionner Hergé, fameux dessinateur de comics, créateur de personnages, d’univers et de formes dont Arbo sait tous les albums par cœur, ce jusqu’au moindre détail. Le “travail” de notre peintre “indépendant” se situe, comme celui de l’illustre belge, entre l’art mineur qu’est la BD et le bel art coté en galerie, à Drouot et en bourse; entre le graphisme virtuose aux bavures et coulures assumées mais sans repentir aucun du regretté Keith Haring et le trait posé et pensé, pesé et dosé d’un Valerio Adami.

Couleur franche

À s’en tenir là, sans vouloir remonter jusqu’aux Égyptiens et à leurs indépassables notations hiéroglyphiques, aux Byzantins et à leurs échappées belles ou velléités non figuratives, à leurs icônes aux visages fermés et yeux cernés d’un épais trait, aux avatars de “marque jaune” ayant tous “M” pour initiale, Manet, Malévitch, Matisse, Modigliani, Mondrian (certains de ces peintres ayant fréquenté Le Sélect), il est de fait que peinture et dessin, teintes saturées et contours nets et précis peuvent, de nouveau, sans complexe, cohabiter, coagir, composer ensemble, non seulement des images, des valeurs plastiques mais également des rythmes colorés, pour reprendre les termes d’un Léopold Survage. La mise à nu du pigment donné à voir comme tel s’est traduite dans l’histoire par les aplats de couleur légitimés, pour ne pas dire anoblis, par un Toulouse-Lautrec. C’est un des moyens qu’il reste au peintre pour résister à la concurrence de la caméra, à l’emprise du photon et l’empire de l’électron. Quelque chose de réactif, qui n’a rien de réactionnaire.

Futurisme

Le retour à la raison, comme disait Man Ray (un des habitués des cafés de Montparnos), n‘est pas celui de l’art pour l’art, mais plutôt celui du travail artisanal, de la simplicité, de l’élémentarité. La touche Arbo n’est pas nécessairement ostensible; néanmoins, il apparaît que chacun des tableaux et tableautins exhibés a exigé du temps, un certain temps; du soin; de la trouvaille; et du travail, du travail léché. On sera, suivant son affection, plus sensible à tel échantillon, prototype, allégorie ou série qu’à tel ou telle autre; à une période, comme on disait jadis de celles des peintres, plutôt qu’à une autre. On sera tenté de délaisser l’anecdote, le pittoresque, le naïf pour mieux apprécier la portée universelle d’un motif particulier en apparence. Sont donc bien vus et bienvenus les accents aigus brisant la rondeur paisible des silhouettes qui constituent, dirait-on, la manière nouvelle d’Arbo, ces écailles d’armures cuirassant le corps des samouraïs ayant sans doute inspiré les sculptures cubo-futuristes d’un Archipenko (Boxe, 1913) ou d’un Boccioni (L’Homme en mouvement, 1913).

 

Et plus si affinités

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