Anthropoid : de la difficile obligation de résister

Cette semaine sort le très attendu HhhH de Cédric Jimenez, qui relate le parcours du général SS Reinhard Heydrich. En amont de cette diffusion, il importe de visionner l’intéressant Anthropoid de Sean Ellis afin d’aborder un autre angle d’observation d’une même réalité pour le moins complexe et atroce. Le titre de ce film sorti en 2016 n’a rien d’anodin ; il s’agit du nom de code donné par les Alliés à la mission visant à éliminer Heydrich. Un assassinat orchestré par deux agents tchèques réfugiés à Londres et revenus dans leur patrie pour éliminer l’homme fort du Reich, bras droit d’Himmler, favori d’Hitler et initiateur de la solution finale.

Une opération suicide, en quelque sorte, puisque, ils l’apprendront une fois sur place, rien n’est prévu pour rapatrier ce commando de la dernière chance, soutenu par une résistance tchèque défaillante, largement démantelée par la Gestapo et les SS. Seuls, incapables de s’informer, obligés d’opérer dans un pays à genoux, où les rafles sont quotidiennes, où les armes manquent, Josef Gabcik et Jan Kubis doivent en outre composer avec leur humanité. Peur, angoisse, survie, … amour aussi : pas évident d’aller à la mort consentie quand on est jeune et que tout rattache à la vie.

Et pourtant, … entraînant dans leur sillage plusieurs autres résistants qui les épaulent au niveau logistique, les abritent, les nourrissent au péril de leur vie,, ils parviendront à leur fin, de manière détournée et dans un véritable fleuve de violence, que le réalisateur restitue avec rigueur, jusqu’à la séquence ultime où l’église qu’ils ont comme refuge est prise d’assaut par les nazis. Un siège de plus de six heures, durant lesquels ces héros ne lâcheront rien, constituant leur légende jusque dans le sacrifice. Restituant cette force, cette fragilité, cette vibration constante, Cillian Murphy et Jamie Dorman endossent leurs personnages, des caractères très différents mais complémentaires, jusque dans l’abnégation la plus totale.

Doutes, certitudes, patriotisme, haine farouche pour un régime abject, il faut bien du courage et de la volonté pour se convaincre d’agir et en assumer les conséquences. Car les troupes SS ne laissent pas le meurtre de leur général impuni, se vengeant sur la population civile, exécutant les otages, rasant les villages, arrêtant et torturant, ivres de rage et de destruction aveugle. Le plus saisissant demeure la confrontation entre cette bestialité et la sensibilité des combattants de l’ombre, leur incroyable motivation qui les fait agir malgré la différence de moyens, les risques, les choix moraux qui s’imposent, le jeu constant avec les émotions, la morale …

Dirigé avec simplicité, parfaitement interprété, cruel et humble, Anthropoid est saisissant, évoque avec habileté les cas de conscience que devaient négocier ces hommes au quotidien, tout en revenant sur les lieux même de cette tragédie, Prague, où fut tourné le film. Il est aujourd’hui aisé de prétendre qu’il fallait juste éradiquer l’ennemi sans pitié. C’est compter sans les dommages collatéraux, la mise en péril de sa propre existence. Anthropoid aborde ces problématiques, sans rien perdre de son rythme et de son suspens, fidèle à l’Histoire et à la mémoire.

Et plus si affinités

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