Alphonse Président : La France au bord de la crise de nerfs

Une France au bord de la faillite, 200 milliards de dette à rembourser, l’ensemble des pays de l’Union Européenne qui guettent le dernier sursaut pour dépecer la République de nos pères, avec en prime un président qui disparaît et un ministre de l’intérieur qui veut devenir calife à la place du calife … voici la délicate situation avec laquelle Alphonse Dumoulin va devoir composer. Alphonse Dumoulin propulsé président du Sénat et président de la République par intérim, puisque le responsable officiel de la plus haute fonction de l’État s’est évaporé dans ses toilettes …

Alphonse président donc … C’est le titre de la série TV menée avec brio et une énorme dose de folie par Nicolas Castro pour le compte de OCS qui récupère là un certain esprit Canal du temps des Guignols et du tandem Lescure/De Greef. Il faut dire qu’Alphonse va bien ramer pour tenter de sauver les meubles et les dorures de Marianne, … et que sa première ministre ne va guère lui faciliter les choses. Car autant Alphonse est vieille France, inspiré par la Révolution, De Gaulle et Victor Hugo, autant Amandine est école de commerce, ENA et geek à mort. Forcément ça a du mal à coller.

Mais contre mauvaise fortune bon cœur. Il va bien falloir la sauver, cette France tant aimée que chacun sert à sa manière, mais toujours fidèlement. Pas forcément avec succès, mais toujours avec imagination et en payant de sa personne … quitte à exploser les limites du ridicule. En dix épisodes format cours mais coup de poing, Amandine et Alphonse se démènent pour les trouver ces deux cents milliards, et tous les moyens sont bons pour y parvenir, ce qui nous vaut quelques séquences désopilantes emmenées par un Michel Villermoz exceptionnel (quand on débute dans l’anthologique Vibroboy de Jan Kounen pour finir sur les planches de la Comédie Française, on est forcément exceptionnel), et un regard impertinent sur les arcanes de la géopolitique hexagonale.

Un regard impertinent et assez juste, sur les relations complexes dans l’Union européenne, les revendications actuelles en termes d’autonomie, les avides ambitions des politiques, leurs petites tractations de pouvoir, le fonctionnement d’un ministère et ces délicates interactions entre ministre et conseiller (ici un Bruno Gouery survolté dans ce personnage d’énarque qui en prend plein la tête, véritable souffre-douleur d’une petite peste propulsée ministre qui le traite comme une bouse), l’équilibre entre législatif et exécutif … et toujours la courbe du chômage, le poids de l’économie, des finances, des entreprises, du CAC 40 … Surtout l’obligation de parler à tous, d’être rassembleur des différentes classes sociales, des générations …

Si l’intrigue d’Alphonse président est traitée comme une farce (au même titre que le très bon José, également produit par OCS), avec un enchaînement de péripéties rocambolesques, le fond est plus fin qu’il n’y paraît. La politique n’est pas si simple, la cohabitation non plus, la négociation encore moins. On pense immédiatement aux magnifiques documentaires La Négociation et L’Assemblée, aux films La Loi ou La Conquête, tous calqués sur la réalité, et on se dit que la fable de Castro a ceci d’opportun qu’elle fait rire de ce cirque, … mais en montre la nécessité et la difficulté.

Et plus si affinités

https://www.ocs.fr/serie/alphonse_president

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