Alphabet : l’école comme castration de la créativité

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Voici en substance le fil directeur du documentaire de Erwin Wagenhofer : dernier volet de sa « Trilogie de l’épuisement » débutée avec We feed the world et Let’s make money, le réalisateur allemand se penche sur la manière dont l’éducation moderne formate les esprits, quitte à avorter toute forme de pensée divergente et d’innovation. En 1h48 d’interviews aux quatre coins du monde, c’est un séisme intellectuel qu’il dépeint, soulignant ainsi l’urgence d’un renouveau, d’une autre manière d’apprendre.

Ces 45 secondes de bande annonce ne sont qu’une légère caresse en comparaison de la gifle monumentale assénée par ce documentaire. On y mesure le caractère obsolète et destructeur d’un système d’enseignement fondé uniquement sur une compétition contre nature, qui ne vise qu’à préserver un mode de société et d’économie désormais caduque. Aucune chance ici de nourrir la moindre étincelle d’originalité : tout est fait pour écraser cette pensée divergente qui permettrait d’oxygéner nos vies sclérosées, de les aborder différemment, de régénérer des structures en décomposition.

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Sans concession aucune, avec une clarté qui évacue la langue de bois et le fatalisme compassé des bien pensants, les personnalités, scientifiques, économistes, chercheurs, sociologues, interrogées par Wagenhofer tordent le cou aux peurs et aux espoirs parentaux : non vos enfants ne seront pas plus performants en écoles de commerce, pire ils y seront malheureux. Taux de suicide en hausse, ostracisation des élèves les plus faibles, effacement progressif de l’instinct d’entraide, … d’expériences en conférences, de rencontres en échanges, le réalisateur dévoile comment les filières les plus en vogue avortent les esprits futurs, PISA en tête.

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En contre point, des exemples d’enfants élevés en dehors de l’école, librement et à leur rythme, qui aujourd’hui font de brillantes carrières d’artistes, de psychologues … ouverts sur le monde, confiants, ils démentent de cinglante manière le discours autorisé et bon genre qui prône la normalisation à tout crin. Il était temps ! En donnant la parole aux défenseurs de l’épanouissement personnel comme clé de voûte d’une réforme complète de notre monde, Wagenhofer devrait en soulager plus d’un.

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Riche en temps forts, en propos claquants, en analyses à la fois pertinentes et fines, ce film redonne un visage humain à la pédagogie, tout en réinvestissant les parents d’une responsabilité fondamentale : celle de préserver le bonheur et l’intégrité de leurs enfants, largement compromis par la moulinette idéologique dans laquelle on va les enfermer comme bovins à l’abattoir. On retiendra particulièrement les déclarations désabusées de Thomas Sattelberger, ex DRH de Deutsche Telekom, qui souligne avec force arguments à quel point cette école antédiluvienne a annihilé les potentiels au risque de tuer la force de renouvellement des entreprises.

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A l’inverse la rencontre avec Pablo Pineda Ferrer, premier européen trisomique diplômé d’une université, aujourd’hui brillant enseignant, démontre combien le souci de normalisation inscrit dans la gestion des programmes et de la transmission des savoirs est totalement grotesque et doit d’urgence être balayé. Le Program for International Student Assessment prôné par l’OCDE en prend un coup et c’est tant mieux. En bref, Alphabet déboule sur nos écrans comme un pavé dans la mare de l’enseignement dit « moderne et compétitif », afin d’avertir, informer, démontrer et convaincre. De par sa structure, la rigueur de son propos, la force tranquille de son discours, ce film, à n’en pas douter, devrait toucher les coeurs, éveiller les consciences et changer les mentalités.

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Et plus si affinités
http://www.zootropefilms.fr/v2/catalogue/?IdFilm=Alphabet

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