All that jazz : dancing carpe diem !

J’étais partie pour vous asséner une chronique bien engagée sur un des nombreux chefs d’oeuvre de Costa Gavras, et puis je me suis dit que vous aviez peut-être besoin de souffler un peu, l’ambiance étant déjà assez tendue comme ça. Du coup j’ai fouillé dans mes classiques et exhumé ce véritable bijou qu’est All that jazz de Bob Fosse.

Un indémodable, un incontournable, un absolu de la comédie musicale. Une chorégraphie de la vie et de la mort, un dancing carpe diem avec des perspectives mystiques sublimées par l’art de l’image et du spectacle, un ovni unique en son genre, multi primé, s’offrant le luxe d’une Palme d’Or cannoise ex aequo avec Kagemusha de Kurozawa. Bref de l’exceptionnel, de l’intelligent, du flamboyant …

All that jazz se concentre sur la lente agonie de Joe Giddeon, metteur en scène, chorégraphe, producteur à succès, doublé d’un égocentrique de haut vol : sexe, alcool, drogues, rongé par les excès, ce génie a perdu le sens de son existence même en sacrifiant tout, famille, amour, à sa carrière et à son art. Mais un jour la mécanique du corps se brise, laissant place au néant. Comment alors qu’on a jusqu’alors vécu à 1000 à l’heure, va-t-on négocier cette inéluctable déchéance ?

En musique et en rythme pardi. Giddeon, incarné par un Roy Scheider aux traits semblables à ceux de Fosse, dialogue avec la diaphane Angélique, incarnation poétique et implacable de la Faucheuse, radieuse Jessica Lange : gagner du temps, séduire pour ne pas être emporté, au final se regarder en face, contempler son parcours, ses ratés, ses réussites … Et dire adieu, petit à petit, à ceux qu’on aime mais dont on ignorait à quel point ils étaient essentiels.

Dans la tourmente de l’infarctus fatal, Giddeon fait le point, via un festival de ballets, de chansons, autant de visions amplifiées par les anesthésiants tandis qu’on l’opère en urgence. Par une véritable symphonie en noir et blanc digne d’un Fellini, Fosse positionne les gestes, les attitudes selon le style de danse qui lui est propre, avec un humour évident, du panache, de l’éclat, pour atteindre l’acceptation ultime, dans une apothéose rock, conclue par un doux renoncement.

L’ensemble est saisissant, une véritable fulgurance, qui aborde toutes les facettes d’un vie humaine, pour repositionner en musique et avec grâce les fondamentaux existentiels. Le film date de 1979, il n’a pas pris une ride, c’en est incroyable, portant en son coeur la fascination créative de l’artiste né, qui ne verra jamais autre chose que son oeuvre comme chemin à suivre jusque dans l’au-delà. Fosse signe ici à la fois un testament, mais aussi un manifeste, une déclaration d’amour total à cette passion artistique qui le happera aussi.

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