Album : Merzhin – Babel – Adrenaline Prod – 2016

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A quoi servent les artistes et les poètes ? Quel est leur rôle au sein de la société ? Faire danser ? Faire oublier ? Divertir ? Ouvrir l’imaginaire ? Offrir un peu d’Ailleurs et de rêve ? Ou ramener tout le monde au niveau du réel, à grand coup de punchlines dans la gueule ? Faire prendre conscience, mobiliser, motiver, bouger les culs et les âmes ? Pour leurs vingt ans de route, les six de Merzhin cochent une fois de plus et d’une croix rageuse la deuxième option. Et elle n’est pas négociable.

Têtus, droits et fiers comme seuls les Bretons savent l’être (« Malgré les courants je ne reculerai » clament-ils dans « la Traque » ce qui je pense se passe de commentaire), les Landernéens sortent un nouvel album, Babel : 11 tracks à la nitroglycérine qui disent sans ambiguïté ce que ces messieurs pensent du monde tel que nous le laissons mourir. Et ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère, appuyant leurs constats de riffs de guitare à l’acide et d’envolées de saxophone comme un froissement d’aile d’ange tombé dans une cuve à mazout.

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Merzhin © Martial Morvan – (Pictures on M@RS)

L’album précédent Des heures à la seconde se voulait introspectif, pour ne pas dire méditatif, centré sur l’intériorité de l’homme vieillissant à chaque seconde de sa vie. C’était il y a deux ans, et les membres de Merzhin ont depuis réglé leurs questionnements intérieurs pour se recentrer sur l’univers qui les entoure. Le constat est amer et coléreux, le message est clair : bougeons-nous, bordel ! » Et le premier morceau de l’album La Planète, le dit clairement : « Il suffirait d’ouvrir les yeux », comme l’annonce du reste la pochette, avec ce globe oculaire cartographié comme une cité de Vauban dans la ligne de mire d’un Mirage.

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Un carnet de voyage que cette 7eme galette ? Alors un tour du monde en 80 minutes, véritable marathon où l’on balance du cocktail Molotov à chaque découverte de la bassesse humaine, guerre, massacre, pollution, … Marre de la contemplation béate du touriste ébloui par les ors factices du club Med, les pupilles d’abord terrifiées par ce qu’elles voient, oscillent avant la réaction, la révolte, la révolution. « Trop de vent dans la gueule », « une odeur de hyène » … « Apolypolitico » appelle à la résistance, d’urgence et l’on peut se demander si il n’y a pas quelque chose de prophétique dans les paroles de Pierre Le Bourdonnec, quand on regarde les actus de ce matin, entre la Corée du Nord qui multiplie les essais nucléaires et Donald trump caracolant en tête des sondages de la présidentielle américaine.

Oui il y a de quoi frémir, il y a de quoi se bouger le cul et vite. Fusion impressionnante de la mélodie travaillée en dentelle et de l’écriture la plus secouante qui soit, Merzhin allie le poids des mots, le choc des harmonies pour nous le crier haut et fort. Rock comme il se doit, et du plus bel effet, l’avertissement s’appuie sur des airs aux allures de chant révolutionnaire, s’imprime dans l’esprit pour marquer les mémoires. Ainsi Babel confirme l’ancrage du groupe au firmament des contestataires et des penseurs, dans la grande famille des Astonvilla, No one is innocent, Noir désir ou La Mano Negra. Poètes engagés, activistes, … visionnaires.

Et plus si affinités

Pour en savoir plus sur Merzhin et l’album Babel, suivez le lien.

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